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Roc
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Mystérieuse disparition

Béatrice Merkel est une femme d’âge mûr de quarante-cinq ans qui ne fait pas son âge : en effet, elle paraît plus jeune. Un mètre soixante-quatorze, soixante-deux kilos, c’est une femme sportive, aux yeux verts. Elle est divorcée depuis maintenant trois ans d’un homme qui a préféré partir vivre à Hawaï avec son nouveau partenaire. Elle habite à Paris, 13e arrondissement, Avenue des Gobelins, près de la place d’Italie.


Samedi 21 avril, 9h30, chez Béatrice

L’air est chaud, le soleil s’est levé depuis déjà un moment, Béatrice, elle, est toujours dans ses draps… le téléphone sonne… ce n’est pas la fainéantise qui l’empêche de décrocher, mais la crampe qui lui parcourt le bras. Il faut dire que malgré son apparence bien conservée, son corps ne trompe pas son âge. Sa main atteint à présent le téléphone ; à l’autre bout du fil c’est une voix un brin excitée qui commence à raconter tous ses exploits de la veille. Béatrice reconnaît alors Jenny son amie d’enfance. Elles ont l’habitude de passer du bon temps avenue de Choisy : elles se rejoignent toutes les deux au centre commercial Italie 2 chaque semaine pour faire du shopping. C’est avec elle que Béatrice est partie d’Allemagne à vingt ans pour venir faire ses études à Paris. A présent, elle est depuis neuf ans, conseillère en clientèle au Crédit Mutuel de l’avenue des Gobelins ; Jenny, elle, tient un salon de coiffure, 86 boulevard de l’Hôpital.

Les péripéties de Jenny défilent toujours à l’autre bout du fil… pour ralentir le rythme de la conversation, Béatrice se sent obligée de lui proposer quelque chose : une sortie shopping ? Elle accepte tout de suite. Une fois le téléphone raccroché, Béatrice se lève, ouvre la porte de sa penderie, et reste immobilisée, figée devant toutes ses étagères… tellement de choix…

Après cinq bonnes minutes, elle opte simplement pour un slim noir, un débardeur rouge Guess, des chaussures vernies rouges à talons, et un gilet sans manches, noir lui aussi…


Un peu plus tard, devant Italie 2

Sur un banc, jambes croisées, c’est une belle femme blonde, aux yeux bleus, quarante ans environ, vêtue d’un simple jean, d’un tee-shirt noir et de petites ballerines de même couleur qui attend… Attend quoi ? Ou plutôt qui ? Simplement son amie Béa qui vient de la rejoindre. Toutes deux réunies, elles entrent enfin pour une folle journée de shopping. Quelques heures plus tard, les bras chargés de sacs de différents magasins, elles relatent des souvenirs d’enfance.

C’est alors qu’elles croisent deux de leurs amies : Ambre et Sandra qui a l’air préoccupé.

Comme toute femme qui aime se raconter les potins de la ville, elles décident de le faire autour d’un verre…


Au « Café de France », 12, place d’Italie, 19h00

Installées sur une banquette, au fond du bar, elles commandent tranquillement leur boisson. L’atmosphère est assez sympa; c’est un cadre classique, simple, un lieu confortable qui accueille ses clients à toute heure. Il se situe entre le boulevard Auguste Blanqui et l’avenue des Gobelins. Seule Sandra semble lointaine.

Béatrice aime se retrouver en bonne compagnie dans ce lieu. Elle y est une fidèle habituée. A présent, elle connait très bien l’un des serveurs, un bel espagnol nommé Antonio ayant environ la trentaine.

Les trois femmes, discutent toujours : mode, hommes, travail… tandis que Sandra s’est éclipsée aux toilettes. Mais c’est seulement vingt-cinq minutes plus tard que les amies se rendent compte de la longue absence de leur copine. Elles ne s’affolent pas, car elle peut très bien être en train de discuter avec quelqu’un… Seule Béatrice s’inquiète et part à sa recherche. Personne aux toilettes, personne près du bar, personne… Que ce soit Antonio ou tous les serveurs du restaurant, personne ne l’a vue partir… où est-elle ?

Les recherches se poursuivent dans la soirée, mais en vain… personne chez elle, Sandra à bel et bien disparu !

Ce sont alors des questionnements infinis qui surgissent, des messages par dizaines qu’Ambre laisse sur son répondeur et la peur qui submerge les trois femmes.

Elles se retrouvent dans les rues peu éclairées de Paris et, par crainte, Béatrice propose à ses amies d’aller passer la nuit chez elle…

Dimanche 22 avril, 2h30, chez Béatrice

La fatigue liée à leur journée bien agitée, règne dans l’appartement ; elles luttent contre le sommeil pour trouver des explications mais, malgré toutes ces péripéties, Ambre s’endort désespérément sur le canapé pendant que Béa et Jen s’interrogent encore sur l’événement…

Au petit matin, après une courte nuit, les femmes se réveillent tout doucement en ayant comme premier réflexe de regarder leur portable, mais toujours aucune nouvelle de leur amie.


Quelques heures plus tard … Sandra, disparue depuis 12h.

Pendant qu’Ambre et Jen rentrent chez elles, chacune de leur côté, Béatrice ôte ses vêtements pour aller se doucher. Soudain la sonnette, à la porte, interrompt la douche de Béa ; elle enfile vite son peignoir pour aller ouvrir… Le sourire aux lèvres, elle espère de tout cœur voir son amie Sandra revenir à elle, mais, c’est malheureusement un coursier qui est venu lui porter un message. Une enveloppe blanche qui contient une toute petite lettre ; sur celle-ci est inscrite une adresse suivie d’une seule phrase « : Rejoins- moi, seule, Sandra… » Le fait de recevoir enfin des nouvelles de son amie l’inonde de bonheur mais, elle est à la fois très surprise d’obtenir si peu d’informations.

Elle se prépare rapidement et file à l’adresse donnée…


Dimanche 22 avril, 12h00, passage Vandrezanne, Sandra et Béatrice

Béatrice arrive enfin à l’endroit prévu... C’est si sombre, presque inquiétant, mais elle se lance et s’arrête soudain face à Sandra. Que se passe-t-il ? Pourquoi cet endroit ? Pourquoi avoir disparu sans même donner des nouvelles à ses amies ? Pourquoi tout ce mystère ?

Sandra est bouleversée : c’est secrètement qu’elle annonce à Béa qu’elle est voyante : c’est un don qu’elle a depuis toute petite ; mais c’est seulement depuis l’âge de trente ans qu’elle a décidé de s’en servir et d’en faire un second métier ignoré de ses amis. Celui-ci ne lui avait jamais causé autant de soucis : elle a découvert qu’un de ses clients, trafiquant de drogue, a de gros problèmes financiers avec un gang adverse : il leur doit une grosse somme ! Sandra lui a prédit que, faute de rembourser l’argent avant le 25 avril, il se fera tuer ! C’est à cause de cette prémonition que Sandra est dorénavant mêlée à cette histoire car son client, depuis, la fait chanter : si elle ne lui procure pas la somme requise avant la date prévue, il menace de la liquider à son tour. En apercevant qu’un homme semblait la surveiller alors qu’elle était installée au café avec ses copines, elle a paniqué et préféré disparaître. Aujourd’hui, elle n’a plus qu’une amie sur qui compter pour se tirer de ce mauvais pas : Béatrice, conseillère en clientèle au Crédit Mutuel.

Béatrice accepte sur le champ de l’aider sans se soucier de ce qui pourrait se passer par la suite. Mais, elle a sa petite idée : « emprunter » l’argent à sa propre banque serait de la folie, elle décide donc d’avertir secrètement la police.


14h00, au poste de police, 144, boulevard de l'Hôpital…

C’est un charmant agent, grand, brun, la quarantaine, qui accueille Béa : l’agent Samuel. Malgré tous ces événements, elle tombe immédiatement sous son charme. Bégayante, elle commence à lui raconter son incroyable histoire… et parvient enfin à se sentir à l’aise face à ce bel homme ; c’est avec un air nettement plus détendu qu’elle continue de communiquer tous les renseignements concernant cette affaire. D’après l’adresse donnée, le client de Sandra doit la rejoindre à l’ancien entrepôt frigorifique du 13e arrondissement le mardi 24 avril, à vingt-trois heures précises. L’agent promet de tout mettre en œuvre pour tirer Sandra de ce mauvais pas. Béa peut être sans crainte… La police lui donnera la somme demandée et interviendra pour arrêter le maître chanteur et, peut-être, démanteler le réseau des trafiquants de drogue. Après une heure de discussions, le sourire aux lèvres, Béa part rejoindre Sandra chez elle.


15h00, rue Albert Bayet, chez Sandra

Pas un mot sur tout ce qui se trame à Sandra ; l’amie de Béa ne doit rien apprendre, car, par panique, par peur de mourir peut-être, elle risquerait de tout faire tomber à l’eau. C’est pour cela que Béatrice lui raconte à présent tout ce que Sandra veut entendre : elle lui donnera l’argent comme prévu mardi. Elle ne doit pas s’inquiéter : tant que son client n’a pas l’argent, il ne lui fera pas de mal.


Mardi 24 avril, 22h00, près de l’entrepôt frigorifique…

Après deux longues journées de préparations, une vingtaine de policiers armés sortent de la caserne… Les agents se dispersent très discrètement autour de l’ancien entrepôt frigorifique. Les patrouilles de secours ne sont jamais très loin au cas où il faudrait intervenir. Pendant que Béatrice reste dans un camion de surveillance en compagnie de l’agent Samuel, Sandra est au point de rendez vous avec une valisette contenant l’argent. Son client est bien là, seul, il attend, armé… Au moment où Sandra lui donne la mallette, les policiers interviennent et le prennent au piège.

Depuis ce jour, Sandra a décidé d’arrêter le métier de voyante, elle préfère vivre sans ce don. Béatrice et Sandra ont préféré ne rien dire à leurs amies à propos de cette aventure et ont inventé comme prétexte que Sandra était malade et qu’elle s’est absentée, car elle ne se sentait pas bien, lors de la soirée au « Café de France ».

Grâce à cette mésaventure, Béatrice a peut-être enfin retrouvé quelqu’un : l’agent Samuel l’invite à diner...
VC - MC
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Influençable

Nous sommes le mercredi 2 janvier 2008. Béatrice Merkel s’est mise sur son trente-et-un : tailleur beige, haut marron coordonné avec ses escarpins. Elle a pris le taxi pour aller chercher sa sœur qui revient d’Allemagne, leur pays natal.

Béatrice est tout heureuse de la revoir, mais reste toutefois distante. Elle sort d’un divorce et rentre dans un âge où cela est difficile pour elle : elle n’a toujours pas d’enfant.

Dans la voiture, elle cherche ses cigarettes dans le sac qui lui avait été offert par son ex-mari. Pendant ce temps-là, sa sœur est au téléphone avec son époux resté en Allemagne. Berta, sa sœur, est mariée depuis dix ans, a deux enfants âgés de cinq et huit ans, une situation professionnelle correcte ; elle est comptable et son mari est chargé d’affaires dans les travaux publics.

Béatrice écoute sa conversation mais sans vraiment y prêter attention. Elle reste silencieuse et se ronge les ongles ; elle n’a pas l’air très bien ; son divorce la mine !

Elle est bientôt arrivée chez elle ; son appartement est situé dans le 13e arrondissement, Porte d’Italie. Soudain elle aperçoit en bas de son immeuble les pompiers ; elles sortent de la voiture et se précipitent vers l’un des soldats du feu. Il leur dit que la concierge a vu un homme sortir de chez Béatrice et, c’est là que tout a commencé : le feu a alors pris à toute allure dans son appartement !

Elle est abattue, il ne reste rien de sa vie ; elle n’a rien pu récupérer ; tout est en miettes ! Son appartement était magnifique : elle y avait elle-même tout mis en place depuis que son mari l’avait quittée ; c’était vraiment l’appartement dont tout le monde rêve : style moderne et chaleureux… et son chien ? Disparu lui aussi dans l’incendie ? Béatrice est accablée, c’était l’unique compagnon de sa nouvelle vie !

Béatrice est en conflit avec son ex-mari : problème de partage. Qui va récupérer le plus de biens ? Le divorce banal ! Pour Béatrice tout est réglé, tout vient de s’envoler en fumée à l’instant ! Tout de suite, elle prend son téléphone et tape le numéro de son ex-mari, Jérôme Evrol, avocat ; lui aussi habite maintenant dans le 13e arrondissement.

Cet homme brun, grand, très élancé, aimable quand on ne vit pas avec, aime parler… Globalement l’homme qui aborde facilement et qui n’a pas l’air d’avoir de difficultés.

Deux bips retentissent. Béatrice l’appelle en numéro caché sinon il ne décroche pas ! Elle l’entend prononcer ce fameux « allo ». Ça lui fait chaud au cœur d’entendre sa voix. Elle est comme envoûtée et ne dit rien pendant cinq secondes tandis que lui répète sans cesse « Allo, allo… » Elle revient enfin sur terre et lui lance un « Où tu es ? » inquisiteur. Jérôme reconnaît tout de suite sa voix et commence à ricaner « Qu’est-ce qui se passe encore ? » Béatrice lui raconte l’incident. Il n’a pas l’air de compatir. Il ne lui prête pas plus d’attention que cela, et lui rétorque « C’est bon ! Tu as fini de m’embêter avec cette histoire d’immobilier tu n’as plus rien à me dire ! » Les larmes commencent à lui monter aux yeux et elle se demande comment il a pu changer ainsi ; mais, pour l’instant, c’est son appartement qui la soucie. Il ne reste absolument rien ! La police va sûrement enquêter. Elle logera dans un hôtel dont elle connaît le patron et qui est un ami proche de la famille, enfin, de l’ex-couple. Ils l’avaient connu au Canada.

Jérôme et Béatrice étaient ensemble depuis treize ans. Ils s’étaient rencontrés à la fac de Bordeaux, lui français, elle allemande ; ils étaient fous amoureux l’un de l’autre mais une seule femme ne pouvait suffire à Jérôme Evrol. Il lui en fallait plusieurs…. Ils ont habité plusieurs années au Canada dans une grande maison magnifique entourée d’arbres, à Vancouver, avec vue sur la mer. C’était l’idéal pour Béatrice qui adore le bateau. Ils avaient beaucoup d’amis là- bas ; mais, l’avenir a fait qu’ils sont partis et ont divorcé par la suite.

Deux mois plus tard, l’enquête n’a encore rien révélé. Béatrice a obtenu des indemnités de son assurance et retrouve rapidement un appartement dans le 13e ; il est plutôt pas mal : grand, spacieux, lumineux. Elle l’aménage encore avec goût ! En ce qui concerne Jérôme, elle n’a plus de nouvelles.

Aujourd’hui, dimanche 2 mars, deux mois après l’incident, sa sœur est de nouveau venue lui rendre visite pour le week-end et un dîner en tête à tête, entre confidentes, mais surtout entre complices. Béatrice ne se sent pas bien : elle n’a pas le moral depuis quelques jours. Elle n’arrête pas de pleurer : Jérôme, son ex-mari, revient à la charge : « elle lui manque », dit-il ! Il l’appelle tous les soirs. Il lui dit des mots que Béatrice ne veut pas entendre. Elle se sent perdue et désire raconter de vive voix à sa sœur ses nouvelles relations avec Jérôme. Berta lui conseille de laisser faire les choses ; peut- être que c’est le destin que Jérôme revienne vers elle. Elle a tant supplié ou même rêvé son retour !

Ils se revoient maintenant régulièrement depuis deux mois et c’est si intense ! Béatrice découvre des qualités qu’elle n’avait jamais connues chez lui auparavant ! C’est alors qu’il l’invite à faire un voyage au Canada ; elle accepte avec une très grande joie !

Le voyage est prévu dans une semaine. Béatrice ne connaît rien de son déroulement ; c’est Jérôme qui organise tout ! Quelle surprise pour Béatrice ! Le séjour se déroulera en bord de mer, là ou Jérôme a loué un petit chalet et un bateau : Béatrice adore le bateau et Jérôme le sait.

Une semaine plus tard, c’est le départ. Béatrice est impatiente de partir en vacances avec son cher et tendre amoureux. A l’arrivée, Jérôme l’emmène dans le lieu choisi pour eux deux. Béatrice est folle de joie en découvrant un chalet luxueux, très grand avec de belles baies vitrées face à la mer et une immense terrasse qui mène à un petit chemin serpentant vers la forêt : c’est magnifique ! Le rêve pour quelqu’un qui aime la verdure, la campagne, le repos ; bref le bonheur !

Béatrice et Jérôme défont leurs valises avec enthousiasme. Fatiguée, Béatrice décide de se reposer. Pendant ce temps, Jérôme lui dit qu’il va passer quelques coups de fil à leurs anciens amis pour que certains les rejoignent durant leur séjour : il a envie de concocter ces retrouvailles pour Béatrice. Elle en est ravie ! Béatrice endormie, il sort.

Alors que Béatrice se réveille, elle se rend compte que Jérôme est absent ; elle avance dans la cuisine et voit un mot disant qu’il est parti faire quelques courses. Elle ne s’inquiète donc pas quand la sonnerie de la porte d’entrée retentit. Béatrice va ouvrir et voit une dame avec un gros paquet et un énorme bouquet de roses dans les bras. Béatrice prend le tout et referme la porte : elle est surprise ; à peine arrivée au Canada, elle reçoit des fleurs et un colis qu’elle ouvre avec frénésie. Elle découvre une robe somptueuse, blanche, très longue en satin, décolletée dans le dos et incrustée de perles dessinant des roses : elle est magnifique ! Le tout est accompagné d’une carte de Jérôme disant « Profite bien de ces instants pour te préparer et te bichonner ! Bisous à la femme de mes rêves ». Elle décide alors de jouer le jeu et se pomponne comme une princesse, même si elle pense en cet instant que Jérôme en fait un peu trop !

Il est déjà vingt heures et Jérôme n’est toujours pas là. Béatrice est fin prête ; elle a passé au moins deux heures à se faire belle et lorsqu’elle sort de la salle de bains, il n’y a pas de lumière dans le reste du chalet, tout est sombre ; elle n’y voit rien, ne sait pas exactement où elle se trouve car elle ne connaît la maison que depuis quelques heures quand, tout à coup, au dehors, elle aperçoit une ombre et entend le souffle d’une respiration. Elle reste alors pétrifiée et attend que quelque chose se passe. Soudain une musique retentit : Barry White, leur chanson, celle de leur mariage !

Elle sort, émue. Jérôme est là. Il l’invite à aller sur ce fameux bateau qu’il a loué pour deux jours afin de mieux la séduire. Plus amoureuse que jamais, elle le suit. Mais une fois loin des côtes, la lune de miel tourne au cauchemar : Jérôme lui reproche son comportement durant leur divorce. En effet, elle avait réussi à obtenir une forte pension compensatoire et la moitié de la fortune propre de son mari, ce qui lui avait permis de réinvestir cet argent dans son bel appartement parti en fumée ! Et, c’est Jérôme lui-même qui avait réduit en cendres cet appartement sous l’impulsion de la colère !

Effrayée, elle se sent prise au piège et avant même qu’elle ait pu faire quoi que ce soit, un coup de rame en pleine tête la plonge au fond de l’eau. Jérôme attend que le corps disparaisse totalement avant de revenir discrètement au port donner l’alerte : le crime parfait pense-t-il ! Tout le monde les savait amoureux, prêts à reconstruire leur vie commune avant ce triste accident…

Malheureusement, c’est sans compter sur sa sœur Berta : Béa lui a confié son départ pour le Canada et les mille attentions charmantes de son compagnon. Mais le brusque changement de comportement de son ex-beau frère lui a semblé suspect. Après avoir fait part de ses soupçons aux enquêteurs, Jérôme Evrol est arrêté et condamné pour le meurtre de sa compagne.


BS
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Double vie ... Double jeu

Béatrice Merkel, une femme d’âge mûr de quarante-cinq ans, originaire de Hambourg en Allemagne habite le treizième arrondissement de Paris non loin de la place d’Italie. Célibataire elle est très attachée à son pays natal où elle a été élevée avec sa cousine Angela qui en est aujourd’hui Chancelière. Béa a quitté l’Allemagne après son divorce, il y a maintenant 5 ans pour venir habiter à Paris où elle exerce la profession de conseillère en clientèle. Malgré cette distance, Béa et Angela se téléphonent régulièrement pour prendre de leurs nouvelles.

6h00 - Béa se lève comme tous les jours pour se préparer mentalement à aller travailler : collègues lunatiques et narcissiques, c’est son quotidien.

Elle enfile son tailleur fétiche, pantalon et veste sombres avec un chemisier rouge en satin. Cheveux tirés, maquillage strict. Béatrice se dirige vers la porte extérieure de son appartement du 13e direction le métro Corvisart. Le métro, une épreuve de tous les jours pour Béa, pickpockets, clochards, gens agglutinés. Après vingt minutes de métro direction son lieu de travail, la banque « Agence Olympiade ».

Installée à son bureau, elle se prépare pour son entrevue de dix heures. Après avoir avalé deux cafés, son rendez-vous arrive ; un jeune homme brun, grand au regard envoutant lui sourit. Ce client la met à l’aise. Béa vante les mérites des services de sa banque ; ce discours elle le connait sur le bout des doigts. Après trente minutes le client est conquis, signe le contrat d’assurance-vie proposé et repart. Elle ressent un frison la traverser alors qu’elle lui serre la main.

12H00 - Elle part déjeuner et croise Sawyer !

-« Bonjour Béa ! Comment vas-tu, aujourd’hui ?

- Je vais très bien et toi ?

- Moi, toujours la forme ! Alors ton nouveau client, comment il était ?

- Hum, très séduisant, très à l’écoute ; c’était facile, il a accepté le contrat.

- C’est super ! Encore un nouveau client ! »

Pour Béa, Sawyer est un collègue de travail mais aussi son meilleur ami et son confident.

Elle se rend à la caisse pour régler son repas et cherche son portefeuille. Rien. Elle commence à paniquer car elle a beau fouiller au fond du sac, le portefeuille est introuvable. Sawyer voit que Béa se sent gênée et décide de lui payer son repas.

- « Merci beaucoup je te revaudrai ça….

- De rien ; c’est normal, tu es ma meilleure amie ! »

19H00 - Béa quitte son travail.

Dans le métro, surprise ! Béa aperçoit son client de la journée, celui au regard envoutant.

- « Ah ! re-bonjour madame Merkel !

- Monsieur Vladimir ? C’est bien cela ?

- Tout à fait !

Le métro file à toute allure. Béatrice et son client engagent une discussion sur l’avenir de la planète et du beau temps exceptionnel pour la saison. Arrivés à son arrêt, ils se serrent chaleureusement la main. Dernier regard avant de se quitter.

Béa arrive dans son luxueux appartement, ouvre la fenêtre qui donne sur le parc Kellermann. Après quelques minutes de zapping devant sa télévision, le bruit incessant du micro-ondes s’interrompt : sa pizza est cuite. Elle mange sur le pouce devant la télé et s’aperçoit au générique du journal TV qu’il est déjà vingt heures ! Béa part se changer, une robe légère suffira !

20h30 - Il est temps pour elle de partir … Direction la bouche de métro la plus proche ; il lui faudra passer plusieurs arrêts avant d’arriver au lieu insolite où elle se rend trois fois par semaine !

Dans le wagon, elle s’assoit côté vitre, évitant les regards enrobants des individus autour d’elle. A vrai dire, c’est très rare de renconter une si belle femme ; quel homme n’aurait pas envie de la posséder ? Les arrêts passent, Béa a la tête ailleurs, elle pense à son mystérieux client. Le métro s’arrête, il est temps de quitter ces yeux qui la scrutent. Béa sort la première. D’un pas pressé, elle se rend vers son lieu mystérieux….

Elle prend la première rue à droite qui s’ouvre sur une ruelle sombre et étroite et arrive devant un bâtiment ; une lumière perce l’obscurité, des portes métalliques s’ouvrent c’est Tobias le videur... Il lui adresse un sourire comme chaque soir. Elle le lui rend puis il engage la conversation.

- « Hey Chris ! Comment vas-tu ma belle ?

- Bonsoir Tobi ! Eh bien ça va ! et toi ?

- Super ! Je te préviens ce soir les clients sont chauds !

- Oh je vois, je vais faire de mon mieux pour les satisfaire.

- Ah sacrée Chris, c’est bien toi ! Toujours aussi perfectionniste avec la clientèle !

- Je sais ! Je vais me préparer sinon le patron va piquer sa crise !

- Oui c’est vrai il est de mauvaise humeur en ce moment !

- A plus Tobi !

- Salut Chris ! Bonne soirée… »

Elle se rend dans les loges ; des femmes peu vêtues s’agitent autour d’elle. Plus que quelques minutes avant le show !

Béa se maquille, du fard à paupières, du fond de teint, et un peu de gloss ; quant à ses cheveux, elle les cache sous une longue perruque blonde. Il ne lui reste plus qu’à s’habiller !

Elle choisit avec beaucoup de réflexion et soin sa tenue : ce soir, ce sera une petite robe framboise, des petites chaussures plates noires avec liens aux chevilles. Ce qu’elle cache, c’est un shorty noir et un soutien-gorge plutôt sexy de même couleur.

Elle regarde une dernière fois son reflet dans le miroir puis se dirige vers la scène…

Eh oui ! Béatrice Merkel se trouve actuellement dans un club de striptease. Elle s’est lancée dans cette activité depuis son divorce ; cela lui permet de compenser le manque affectif : sur scène, se déshabiller devant une centaine d’inconnus la comble. Elle aime être regardée, désirée comme toutes les femmes. Le temps d’une soirée, elle oublie ses soucis et son âge : elle n’est plus Béatrice banquière le jour mais juste Christiane une autre femme la nuit.

C’est son secret à elle ! Personne ne le sait ! Un double jeu …. Une double vie.

Chris monte sur scène ; elle n’a pas peur : ses clients, elle les connait ; ce sont tous plus au moins des habitués du club. Elle commence à se déhancher et joue avec ses mains : elle les fait glisser lentement sur les parties de son corps ! Elle aime attirer l’attention !

Les clients en redemandent ! Ils hurlent tous Chrisssss Chrisssss !!

Après quelques minutes, longues, très longues pour les clients, elle commence l’effeuillage. Fait tomber les bretelles de sa robe délicatement le long de ses bras, puis la laisse glisser sur le sol. Elle sent l’agitation autour d’elle, des hommes, des hommes frustrés et excités !

Elle poursuit son striptease, mais elle se trouve perturbée par le regard intense d’un homme au fond de la salle. Elle a reconnu son client… Mr Vladimir ! Il ne crie pas, il reste de marbre…

Il l’a reconnue, son secret est dévoilé.

Elle écourte son show et court jusqu’aux loges ignorant les cris des clients en colère.

Elle est en pleurs, honteuse de s’être dévêtue devant un homme dont elle n’est pas insensible au charme. « Quelle image va-t-il avoir de moi maintenant ? » pense-t-elle.

Troublée et désemparée, Béa se change, sort du club et elle se dirige vers le métro.

23h - Elle descend les escaliers l’amenant au métro ; il y a foule ce soir : fête de la musique oblige ! Béa tente de se frayer un chemin à travers les voyageurs ; elle s’approche enfin du quai. Il fait sombre, un homme joue de la guitare, d’autres font la manche.

Elle est impatiente de rentrer chez elle, d’oublier cette soirée. Le métro arrive ; des personnes en descendent ; les gens se bousculent. Elle se dirige vers le fond du wagon et elle sent alors un parfum délicat et enivrant qu’elle reconnaît… elle n’ose se détourner. Au bout de quelques minutes, son regard croise alors celui d’un jeune homme en costume-cravate. C’est lui, c’est vraiment la dernière personne qu’elle veut voir. Et pourtant il l’obsède… Mr Dimitri Vladimir.

Elle tente comme elle le peut de tourner légèrement le visage; elle comprend alors qu’il s’est rapproché tout près d’elle ! Cela ne la laisse pas indifférente.

Béa sent le souffle de Dimitri dans son cou. Des groupes de noctambules sont encore montés dans le métro et cela n’arrange rien, elle est de plus en plus serrée contre lui. Elle le sent derrière elle, qui la presse malgré lui.

L’idée de retrouver Dimitri pressé contre son fessier commence à l’exciter… Tout compte fait, la foule a aussi ses avantages. Chaque secousse du métro se répercute sur les mouvements de son bassin !

A quoi joue t-il ? Abuse-t-il de la situation ou n’est-il plus maître de lui ? Elle aussi a envie de jouer…

Elle a chaud, elle rougit, elle a honte mais l’excitation surpasse tout.

Tandis que l’homme continue de se coller à elle, le métro passe dans un long tunnel obscur. […]

Après tant d’émotions, Béa sort du métro essoufflée, mais heureuse. Pour une fois elle a apprécié le voyage ! Arrivée chez elle, elle se laisse tomber sur son canapé ! Quelle soirée !

Trois jours plus tard…

Béa se rend au travail comme tous les jours, elle ne cesse de penser à Dimitri ! Elle ne l’a pas revu depuis et le guette sans cesse dans le métro…

Elle passe devant un kiosque et achète le journal du jour ; après avoir survolé quelques pages elle s’arrête sur une photo d’un homme qui ne lui est pas inconnu.

Lisant l’article elle voit écrit en gros caractères :

« DIMITRIYOFE VLADIMIR : Psychopathe ? […] »

Béa n’y croit pas ; son client, son amant, serait un dangereux psychopathe recherché pour le meurtre de sa femme. D’après son entourage il n’aurait pas supporté leur divorce.

Bouleversée, elle se rend à la banque relisant encore l’article du journal ! Elle a succombé au charme de ce fou ? Non ! Celui qu’elle a rencontré était charmant, fascinant et mystérieux et l’espace d’un instant, il lui a permis de se sentir à nouveau femme !


LM - LS
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Passé proche

Seize heures, Paris, 13e. Béatrice Merkel, quarante-cinquante ans, conseillère en clientèle, caractère rigoureux et organisé. Langue maternelle : allemand, femme de droite, célibataire, divorcée d'un homme, sans enfant, sûrement parce qu’il était lui-même l'enfant.

Ce jour, porte un tailleur noir, une chemisette blanche, veut paraître le plus strict possible, montrer qu'elle a un master.

Bien sûr, se déplace en métro, par souci d'être à la page de la modernité, préservation de l'environnement est le mot d'ordre du moment.

Sort de son bureau, contrat plaqué contre sa poitrine comme si le monde reposait sur ce dossier. Le client part, gestes et sourires faux-cul, normal il faut bien satisfaire son ego.

Pour se féliciter, Béatrice ira faire du shopping. Quel plaisir de dépenser futilement dans des magasins luxueux, bien éloignés de ceux de sa jeunesse, cet argent gagné : une énième paire d'escarpins !

Dans les vitres réfléchissantes, cette silhouette ! Ce visage ! Quelle horreur ! Décidemment, elle ne fait pas son âge ce qui ne veut pas dire qu'elle fasse plus vieille ; la nature fait souvent son tri sélectif sur qui aura le droit ou non d'avoir le temps marqué sur son visage.

Béatrice, d'âge mûr, ne se supporte plus mais grâce à ses caprices, un coup de bistouri et tout s'efface. Le tout est de trouver le pigeon qui lui offrira cette régénérescence, mais pour l'heure pas le temps.

Ce soir, nouvel an chinois dans le 13e, un des arrondissements les plus peuplés de Paris : 19 % de la population propriétaire de déambulateurs, 102.000 emplois, 20.000 personnes dans la communauté asiatique et ce soir plus de 100.000 spectateurs venant de tout Paris pour le plus grand bonheur de Béatrice.

Fin de la journée, Béatrice rentre chez elle.

Mange un soi-disant repas équilibré, avec pour principaux arguments, moins de calories, peu de lipides. Après ce somptueux repas, se douche et deux heures trente plus tard, est enfin prête pour cette soirée ! Son déguisement, Lotus Geisha, composé d'une robe noire aux très beaux imprimés et d'un nœud avec une "traîne dorsale" rouge. Visage peint de blanc, lèvres recouvertes de rouge juste sur le milieu, cils étirés par le mascara, trait noir au-dessus des yeux, cheveux ramenés en arrière et tenus par des baguettes rouges. Déguisement très élégant, glamour et sexy idéal pour le nouvel an.

Sort, direction la ligne n°7, traverse l'arrêt Choisy, descend à Ivry.

Les cent mille spectateurs sont au rendez-vous. Malgré la foule, aperçoit un homme, l’homme idéal, cheveux noirs, yeux verts, peau blanche, taille moyenne, musclé, sans avoir abusé des testostérones en boîte ! Il porte un kimono noir, une ceinture noire, très « class », très beau.

Sous son déguisement, ose aller vers l’inconnu; si ça se passe mal, comment retrouver une geisha sans son masque ?

Une fois les formules d’usage terminées, la soirée commence.

Danse, spectacle, musique encombrent les rues. Béatrice retrouve son ami Ouli comme prévu devant le pub Mulligan. Ensemble, accompagnés de l’inconnu, ils virevoltent de bar en bar à coup de whisky glace.

Après avoir écumé tous les bars du quartier, la relation entre Béatrice et l’inconnu se fait de plus en plus fusionnelle. Ouli prend congé alors qu’elle et son inconnu se dirigent vers son appartement proche du dernier bar fréquenté.

Dix heures, Ouli sonne à la porte de Béa, ouvre, entre, se dirige vers la chambre ; au lieu de trouver un lit qui aurait connu une nuit d’ébats amoureux, il trouve un lit bien trop sage !

Coup de téléphone sur coup de téléphone, pas de réponse ni de nouvelles Béa.

Le dernier, le 17.

Après plusieurs minutes de conversation houleuse, enfin pris au sérieux, l’alerte enlèvement est lançée.

Au bas du téléviseur, une bande annonce défile : « Alerte enlèvement, Béatrice Merkel, 45 ans, brune, habillée d’une robe noire avec une "traîne dorsale" rouge a été vue pour la dernière fois revenant du nouvel an chinois et rentrant chez elle dans le 13e arrondissement accompagnée d’un homme d’une trentaine d’années, taille moyenne, brun, yeux verts, vêtu d’un kimono noir, si vous êtes témoins, appelez le commissariat de votre ville. »

Après deux semaines d’investigations, Ouli est mis face au passé peu glorieux de son amie : prostitution, drogue et mafia ou plutôt dettes envers un baron de la mafia allemande, un proxénète…


***


Ouli marche dans la rue, comme ces dernières semaines il observe les passants sans trop s’attendre à la voir.

Là, près de chez elle, encore un clochard sur le perron. Ouli lui dépose une pièce, il se penche, stupeur ! Béatrice ! Béatrice !

Elle est là, sur ces marches, sale, odorante, les vêtements déchirés, un boîtier de DVD serré contre sa poitrine. Sur cette jaquette, une photo, Béatrice nue, ensanglantée, entourée d’hommes… la violant.

JM
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Poupée malgré elle

Nous sommes vendredi, Béatrice se lève, elle se dirige directement dans la salle de bains, elle prend une grande respiration et se regarde dans la glace, elle se décourage sur un ventre légèrement rond. Elle s’approche et s’observe ; c’est décidé, elle n’achètera plus cette crème « lift rajeunissante ». Après un long bain raffermissant, elle enfile son tailleur de chez Manoukian. Finalement habillée et « peinte » comme elle dit, elle se trouve plutôt jolie.

L’alarme de son téléphone sonne, il est l’heure d’aller affronter les bouchons à bord de sa Mercedes. Comme d’habitude, elle est arrêtée au feu rouge devant l’épicerie Lü Chang, elle klaxonne : Mr Chang prépare son étalage et lui fait un signe de la main généreux et amical.

Après trois quarts d’heure de bouchons, Béatrice gagne enfin le parking de la banque mais comme tous les vendredis, Josiane, qui est arrivée plus tôt, lui a pris sa place. C’est décidé, elle ne supporte plus son comportement arrogant, aujourd’hui, elle va lui parler. Elle entre dans la banque et salue Marie-B, la dame de l’entretien, puis elle se dirige dans son bureau pour y observer son planning. C’est bon : elle a une heure pour préparer son rendez-vous avec un nouveau client. Un petit café ? «Pas de refus », se dit-elle en se dirigeant vers la fameuse machine. Elle y croise Michel son meilleur ami « Oui, oui, je n’ai pas oublié, on mange ensemble ce midi ». Puis Josiane arrive à son tour « Bonjour Josi » et zut, elle ne lui a encore rien dit à propos de la voiture.

Neuf heures trente, le client est là et c’est parti, « Celui-là, il est pour moi, » se dit-elle. Pendant une heure et demie elle conte le bel historique de la banque et la confiance que l’on peut lui accorder. Objectif atteint, il acquiesce. Ce fut plutôt simple. Elle court vers la salle de pause où elle est fière d’annoncer à Michel l’adhésion d’un nouveau gros client.

Ils décident ensemble où ils iront manger : sushi, pâtes, américain ? Ils optent pour un mexicain. Une fois dans le métro, elle prend le temps de raconter à Michel son rendez-vous. Elle imite son client aux tics très développés en déambulant dans le métro comme une enfant imitant l’un de ses profs. Pendant le repas, Béatrice est incontrôlable, elle fait d’ailleurs un peu honte à Michel qui malgré tout ne peut s’empêcher de rire. Cet après-midi elle ne travaille pas, elle va chez le coiffeur. Elle a envie de changement, envie de plaire à nouveau. Elle sort donc de son sac le dernier numéro de Closer et demande à son ami de lui trouver une coiffure. « C’est bon, Michel, ce soir, je ressemblerai à Rihana. » L’heure tourne, elle paye les deux additions. « Si, si, j’insiste c’est pour toutes les cigarettes que je t’ai piquées ce mois-ci. » Cela rappelle à Béatrice qu’elle fume trop, depuis son divorce, elle ne gère pas bien sa dépendance.

En route, le métro est plein à craquer ; elle est trop serrée, elle a chaud. Elle tape dans le coude de Michel et lui fait un clin d’œil. Et hop ! Elle simule un malaise, Michel joue l’étonnement ; objectif atteint : la foule s’est dissoute pour lui faire de l’air. « Nous sommes mieux assis tout de même ! » Ils partent dans un fou rire incontrôlable. Il faut retourner au parking chercher la Mercedes, en effet le coiffeur ne va pas l’attendre ; ils pressent le pas. « Oh mon Dieu, un pneu crevé ! Bon, Michel, ça n’est pas aujourd’hui que je ressemblerai à Rihana. Mais vas-y! Tu vas être en retard, ne t’inquiète pas, je vais me débrouiller. » Béatrice n’a pas l’habitude de demander de l’aide ; elle n’aime pas dépendre des gens, un ancien mari trop possessif l’a rendu indépendante, peut-être un peu trop, pense-t-elle, c’est pourquoi elle remonte ses manches et se met au boulot. Ce n’est qu’après une heure de combat avec le pneu qu’elle peut enfin remonter à bord de son bolide.

Epuisée, elle rentre directement chez elle, l’ascenseur monte les étages 1, 2, 3… et stop, il s’arrête. Sa plus grande peur : rester coincée dans cette boite morbide ; elle appuie sur tous les boutons et un voyant lui annonce qu’elle est bloquée au sixième, à son étage ! Ce n’est qu’après dix minutes interminables qu’il reprend son envol. Un peu énervée par toutes ces mésaventures, elle s’assoit dans son rocking-chair et éprouve un sentiment bizarre comme une présence inhabituelle. Son instinct guide ses pas jusqu’au grand placard de sa chambre, elle s’arme du balai et ouvre d’un coup sec le rideau : rien ! Elle se plaque au sol et inspecte en dessous son lit : rien ! Puis elle se lève en ricanant, elle se rend compte de sa stupidité et se rassoit, sereine.

Seize heures : l’heure du goûter, son côté enfant n’a jamais réussi à se passer du fameux pain beurre chocolat. Elle ouvre le tiroir à couteau mais surprise ! A l’intérieur, des sous-vêtements, ses sous-vêtement ! Elle se met à trembler et s’imagine le pire, pourquoi ses pneus, pourquoi l’ascenseur bloqué ? Qu’est-ce qu’on lui veut ? Elle hésite à appeler Michel… non, rien ne sert de l’affoler.

Sur ce, une soirée DVD grand classique s’impose. Après « la Grande vadrouille » et « La vie est un long fleuve tranquille » et malgré l’angoisse, elle parvient à s’endormir, à son grand étonnement.

Un réveil un peu difficile après une nuit entrecoupée de bouffée de chaleur la pousse tout droit sous la douche. Elle n’a pas faim elle ne mangera pas ce matin. Elle réfléchit au programme de la journée et c’est en ouvrant le journal qu’elle découvre son emploi du temps « premier jour des soldes ».

En guise de sac à main, un cabas, dernier cadeau fidélité Yves Rocher. A une vitesse surprenante le cabas s’emplit de vert, de rouge, de jaune ! Béatrice essaie d’oublier l’incident d’hier mais rien n’y fait. Même le plus grand de ses réconforts, la dépense, ne suffit pas à rendre son esprit serein. « Tant pis, je rentre et puis ce soir je retrouve mon « Termi » ! » se réconforte-t-elle ! « Termi » alias Terminator le chihuahua. Béatrice et cette petite bête ont quatre ans de vie commune. En vacances avec sa sœur à Montpellier il revient ce soir à la grande satisfaction de sa maîtresse. Elle rentre essoufflée chez elle.

Dix-neuf heures trente. Béatrice entend dans les escaliers les petites griffes de Terminator, son visage soucieux s’efface et laisse place à un large sourire. Après une belle soirée de retrouvailles, les inséparables se couchent respectivement dans leurs « lits ».

Neuf heures trente. Béatrice, comme tous les dimanches matin de beau temps, part faire son footing au Parc Kellermann accompagnée de Terminator le chihuahua. Le soleil donne ; Béa et Termi arborent tout deux une casquette. Une fois passée la grande grille du parc, « C'est parti mon Termi, on y va ! », ils s’élancent dans la course d’un pas affirmé. Le parc est anormalement vide.

Le vibreur fait trembler la peau un peu trop flasque de sa jambe. Elle s’arrête et décroche « Tiens c’est Marielle. Allô, qu’est-ce qui se passe ma belle ? » Son amie a la voix un peu tremblante ; elle lui donne rendez-vous près du terrain de tennis. « Tu es sûre que tout va bien ? » Béa est inquiète. Terminator dans les bras, elle part un peu affolée. C’est avec stupeur qu’elle découvre Marielle étendue derrière une haie, la main sur le ventre ; elle se précipite sur le corps ensanglanté. Elle lit sur les lèvres de son amie « Pars vite ». Evidemment, elle refuse et l’assaille de questions. Mais c’est malheureusement trop tard. Béatrice, le cœur battant, sent une main se coller à sa bouche ; elle essaie de se débattre et reconnait là le bras de son ex-mari. Tout de suite, elle se crispe et ne peut plus émettre un son. En effet, cet être devenu glacial et violent l’aurait rendue folle si elle ne s’en était pas séparé. Il la saisit et la transporte sur ses épaules en lui disant de ne pas essayer de s’enfuir.

Après être passée à travers les buissons, elle se retrouve dans le coffre de sa propre voiture. Le moteur démarre et Béatrice tremble ; elle essaie d’ouvrir le coffre de l’intérieur mais rien n’y fait. La Mercedes s’arrête. Dans un excès de violence, son ex-mari sort le corps apeuré et lui bande les yeux en serrant trop fort un foulard de soie rouge. « Tu vas l’aimer ta surprise ma chérie ! » Mon dieu, Béatrice se sent mal et ses jambes ne la soutiennent plus.

Elle arrive dans un lieu chaud où la lumière semble être forte puis l’homme qui n’est apparemment pas dans son état normal, lui retire le foulard. Béatrice n’en croit pas ses yeux elle se retrouve dans une salle entièrement rose remplie de jouets en tous genres : en quelque sorte, un vrai paradis pour enfants. Elle ne sait pas ce qu’elle doit faire ; elle voit bien que son ex a l’air encore moins bien qu’à l’accoutumée, comme s’il était possédé. Puis elle s’inquiète pour Marielle : pourvu que quelqu’un l’ait secourue ! Elle opte pour un « Oh ! mais quelle surprise ! J’ai toujours rêvé d’une si belle salle de jeu ! » A peine a-t-elle fini sa phrase qu’elle se retrouve la tempe plaquée contre une maison de poupée qui se trouvait là : elle saigne et se met à pleurer. Elle panique, elle se débat et finit sur le sol, en boule. De mauvais souvenirs qui n’ont pas besoin d’être ressassés. « Tu es bien ici ? hein ? Donc tu ne me quitteras plus ? » dit-il en fermant la porte à double tour. Béatrice a très peu de temps pour trouver une solution. Elle voudrait savoir où elle est pour essayer d’appeler la police ; elle sait qu’elle est en grand danger.

Dans un coin de mur, un bout de tapisserie semble se décoller elle tire un peu et reconnaît la tapisserie de son ancien salon, celui de sa maison commune, jadis, avec son mari. Il a tout modifié les portes, les poignées… Il faut qu’elle téléphone mais rien dans sa poche ; son portable a dû tomber au parc. Elle se souvient alors que lors d’une scène de violences avec son ex-mari, elle s’était cachée dans le faux grenier au-dessus du salon : ce faux grenier donnait aussi dans le bureau où elle espère qu’il y a toujours de quoi appeler. Le temps presse. Elle arrache en sanglotant la tapisserie du plafond et retrouve la trappe ; elle se hisse sur la maison de poupée et entre dans le faux grenier ; elle ne voit rien mais, à tâtons, elle trouve l’issue qui conduit au bureau. Bonne surprise, le téléphone semble être en ligne. Sans plus attendre, elle appelle la police et lui demande de se dépêcher, elle a peur et sent que sa vie est en danger.

Aussi vite que possible, elle rejoint ensuite son « paradis » d’enfant. Aussitôt elle entend les pas qui la répugnent dans l’escalier. Mais impossible de recoller la tapisserie, elle tremble de plus belle. La porte s’ouvre et les yeux de l’homme violent se fixent sur la trappe encore entrouverte. Son corps se crispe et son visage change de couleurs. Dans un élan de folie, il saute sur Béa en criant : « Tu as essayé de partir ? Tu n’aurais pas dû ! Tu vas être punie ! ». Elle se débat alors qu’il empoigne un ours en peluche et essaie de le lui introduire dans la bouche. Soudain, tout s’arrête. Trois policiers armés sautent sur l’homme en furie.

Béatrice est raccompagnée par le sergent Duvel qui lui conseille de se reposer ce soir sans s’inquiéter : son ex-mari sera de nouveau interné. En effet, elle ignorait que suite à de nombreux excès de violence, il avait été placé dans un hôpital psychiatrique et s’en était échappé il y a trois semaines. Le sergent Duvel lui apprend aussi que son amie Marielle est saine et sauve : Terminator, laissé près d’elle, a donné l’alerte ! Elle remercie chaleureusement le sergent pour toutes ces bonnes nouvelles et celui-ci lui donne rendez-vous le lendemain au commissariat pour déposer plainte. Rassurée, mais surtout épuisée, elle prend l’ascenseur, arrive au sixième étage et sur sa porte découvre ce mot « Tu m’appartiens à vie. »
AH
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Disparition

Notre vie est plutôt banale ; moi, cinquante ans divorcée sans enfant, habitant un petit immeuble cossu ; lui, jeune et beau, tout pour plaire. Jamais je n’aurais pensé qu’un homme si talentueux puisse s’intéresser à moi un jour.

Je m’appelle Béatrice Merkel; j’habite à l’angle du monument de la Cité Fleurie dans le 13e arrondissement, ce bâtiment, aussi modeste soit-il m’apporte tranquillité et calme, ce dont j’ai besoin à la veille de la cinquantaine. Pourtant, cette vie simple et banale me rend heureuse.

J’attends en ce soir de janvier mon compagnon avec ses retards multiples et ma meilleure amie n’a guère pensé à me téléphoner pour mon anniversaire. J’ai pour seul compagnon en cet instant morose mon chien Fivelle, cela fait maintenant cinq ans que j’ai recueilli ce petit cocker à la SPA.


Après avoir passé la nuit seule, j’avale un café et je file vers mon lieu de travail : je suis conseillère en clientèle dans une banque près du centre commercial Auguste Blanqui. Je sors de l’immeuble et je me rends compte qu’un camion de livraison est stationné derrière mon véhicule et le bloque pour sortir : je possède pourtant une petite voiture de ville ! Je décide donc de prendre le métro ligne G en direction du centre commercial. Aujourd’hui, je me suis vêtue d’un tailleur noir plutôt strict. À mon âge, j’aime être coquette. Je pousse la porte, on m’accueille à bras ouverts et je salue mes collègues.

Assise à mon bureau, j’ai à peine le temps de ranger mes affaires que déjà le téléphone retentit. Je décroche, j’entends une voix grave d’homme ; mon cœur s’arrête de battre à la phrase : « Bonjour, gendarmerie nationale » Après avoir vérifié mon identité, mon interlocuteur me demande si mon compagnon, Grégoire Morin, possède bien un Scénic gris. J’imagine tout de suite ce qu’il va me dire : c’est, bien entendu, un accident.

Mais, on m’annonce que mon fiancé vient de décéder…

A peine ai-je déballé mes affaires qu’il faut déjà que je les range, que je quitte mon poste pour la morgue, afin de reconnaître le corps de Grégoire qui apparemment serait brulé au troisième degré sur une grande partie du corps.

J’ai le cœur qui bat à cent à l’heure : une de mes collègues propose de me conduire ; j’accepte. Je suis dans un état tellement déplorable qu’il ne serait pas prudent de prendre le volant.


Après une demi-heure de route, nous nous garons ; je dois y aller, je ne peux plus reculer. J’entre dans ce grand bâtiment sombre, je rencontre un brigadier qui m’explique les circonstances de l’accident : le véhicule de Grégoire a percuté de plein fouet un car qui allait chercher des personnes âgées se rendant à Lourdes. Son véhicule est resté coincé dans la carrosserie du bus et a pris feu : je ne peux pas identifier le corps…


Mon ami me raccompagne alors à mon domicile ; je suis abasourdie ; je me sens seule ; je ne sais pas à qui parler ; en arrivant à mon appartement, je me laisse tomber sur le sol, ma boîte email se met à retentir.

Je me lève pensant recevoir un message de condoléances de mon entourage et je me rends compte que ce mail provient de la boîte de mon compagnon. Il a été posté il y a à peine un quart d’heure : qui peut me faire une blague d’aussi mauvais goût ?

En tremblant je clique sur la souris et ce message m’envoie vers un autre lien internet. Là, c’est le désarroi total : j’aperçois une vidéo de Grégoire vivant alors qu’il est censé être mort ! Cette vidéo se déroule en temps réel à l’instant même où je la visionne ! Qu’est-ce que cela veut dire ? De nombreuses interrogations se bousculent dans ma tête.

Je décide donc de comprendre, je commence d’abord par rechercher avec qui il a passé ces dernières heures. Après avoir passé plusieurs appels à ses amis, je retrouve l’emploi du temps de ses dernières vingt-quatre heures et découvre que Grégoire menait une double vie et qu’il jouait notre argent dans des jeux stupides au casino. Ces personnes m’apprennent aussi qu’il devait avoir de nombreuses dettes de jeux. Cela expliquerait-il cette vidéo ? Veut-il faire croire à sa mort pour échapper à ses dettes et me prévenir que tout cela n’est qu’une mise en scène ?

Le sentiment que j’ai à cet instant est à la fois de la haine et du soulagement de le savoir en vie. Je ne comprends pas pourquoi il ne m’a pas fait confiance mais aussi ce qui l’a poussé à me cacher sa passion pour le jeu?

Mais à présent, où se trouve Grégoire ? Mon prochain objectif est de réussir à le contacter ; je me dis que mon compagnon a du mal à se séparer de son ordinateur portable et je décide donc d’utiliser ce moyen afin de le contacter mais, je dois veiller à être prudente afin que personne ne se mette sur sa trace. Après une longue réflexion, je me dis que je peux lui faire parvenir un message codé connu de seulement nous deux.

***

Je reste dans l’attente. Cela fait maintenant deux jours que mon compagnon a reçu mon message et ne m’a pas répondu. Mais, au moment où je n’y crois plus et que je n’espère plus rien, j’entends ma boîte email. Je me précipite sur mon ordinateur la main tremblante : il me répond qu’il accepte notre RDV aujourd’hui à dix-sept heures. Il est quinze heures je m’impatiente, je décide de mettre ma petite robe vichy qu’il aimait tant me voir porter. Et je me relève les cheveux à l’aide d’un serre-tête.

Je l’attends sur un banc ; mon cœur bat la chamade, il a un peu de retard comme d’habitude ; je ne m’inquiète pas, Grégoire a tendance à ne jamais être ponctuel. Il arrive; je suis submergée de bonheur ; je me rends compte à quel point je l’aime. Pourtant, il a l’air bizarre ; je lui demande des explications mais Grégoire se met à bafouiller et me prévient qu’il n’a pas beaucoup de temps. Il m’explique alors que je ne dois en aucun cas me mêler de cette histoire et qu’il est bien mieux pour moi d’en connaître le minimum de détails Il m’informe qu’il doit énormément d’argent à quelqu’un se prénommant le "Corbeau". Je vois dans son regard qu’il va ajouter quelque chose mais il s’écroule sur moi ; ma main se plaque dans son dos : du sang ! Grégoire est cette fois bien mort ! Au secours ! Au secours !

AB - AG
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Surprise !

Nous sommes le vendredi 12 avril, il est sept heures trente, le réveil de Béatrice Merkel sonne. Elle se lève aussitôt, c’est la première fois qu’elle se lève si rapidement. Elle va dans la cuisine pour prendre son petit déjeuner, tout en écoutant la radio pour se détendre un peu avant d’aller travailler. Ce matin elle n’a pas très faim, elle se dirige dans la salle de bains pour faire sa toilette. Béatrice est une assez grande femme mince, très chic. Elle a de magnifiques cheveux bruns, elle se les attache soigneusement et ajoute un peu de maquillage sur son visage. Elle préfère avoir un maquillage léger et discret. Béa est prête.

Comme chaque matin, Béatrice préfère le métro à sa voiture pour aller travailler, elle trouve que cela va plus vite et elle n’aime pas attendre dans les embouteillages puis chercher une place pour se garer.

Aujourd’hui est un grand jour, car elle a un rendez-vous important avec un riche homme d’affaires. Elle arrive à son travail et elle attend son client en tournant en rond dans son bureau. Le stress commence à monter, elle se pose des questions, elle a peur de ne pas être à la hauteur. Elle vérifie qu’elle a bien tous les documents concernant le client et ceux de la banque. Tout est prêt, mais Béatrice est toujours aussi tourmentée, elle entend des pas qui se dirigent vers son bureau, elle essaye de se calmer, mais cela est difficile, elle a chaud. Quelqu’un frappe, elle se dirige vers la porte pour ouvrir : son nouveau client est arrivé. Elle lui fait signe de s’asseoir face à elle. Une fois qu’ils sont tous les deux installés, Béatrice commence à retrouver son calme. Elle se met à lui expliquer le fonctionnement de sa banque, la Caisse d’épargne. Elle lui indique les offres et les projets, dont il peut bénéficier en partenariat avec la banque, car celui-ci est directeur d’une chaîne de restaurants. Une fois que Béatrice a fini ses explications, il lui pose des questions, elle lui répond et le conseille. Il lui annonce alors qu’il accepte son offre. Béatrice connaît un moment de satisfaction, un léger sourire se marque sur son visage, mais elle fait tout pour garder son sérieux jusqu’au bout. Elle lui fait signer le contrat ainsi que tous les autres documents. A la fin du rendez-vous, elle raccompagne son nouveau client.

Une fois partie, Béatrice se rend à la salle de pause pour prendre un café, et là, ses collègues lui demandent comment son rendez-vous s’est déroulé. Quand ils voient le sourire de Béa ils comprennent aussitôt que tout s’est bien passé. Elle leur explique qu’elle a gagné un nouveau client important pour la banque ! Elle a du mal à retrouver son calme, elle est encore tout émue à l’idée de cette nouvelle.

La pause est terminée, elle retourne à son bureau. Elle s’assoit dans son fauteuil et s’amuse à tourner. Soudain, elle s’arrête net face à la fenêtre et voit son fiancé Bertrand avec une charmante jeune femme, grande et mince, vêtue d’un ample manteau noir. Elle s’approche de la fenêtre pour mieux regarder ce qui se passe entre la jeune femme et son fiancé. Ils discutent et rigolent ensemble, ils ont l’air de bien s’entendre. Béatrice se pose des questions. Elle veut savoir qui est cette demoiselle car elle ne la connaît pas, elle ne se souvient même pas l’avoir déjà vue. Elle veut mener son enquête pour comprendre ce qu’elle représente aux yeux de son fiancé. Elle a peur de ce qu’elle peut découvrir mais veut absolument savoir qui est cette femme.

Arrive l’heure de la pause déjeuner, elle se rend à la cafétéria avec ses collègues. Elle leur parle de ce qu’elle vient de voir, son fiancé avec une jeune femme. Ses collègues la rassurent, lui proposent d’en parler directement avec son compagnon avant qu’elle ne se fasse de mauvaises idées. Mais tout est très clair dans la tête de Béa, elle fera son enquête et ne suit pas les conseils de ses collègues. Il est l’heure de retourner travailler, elle monte à son bureau et jette un coup d’œil par la fenêtre pour voir si son fiancé est de nouveau en bas avec la jeune femme. Mais elle ne revoit aucun des deux. Elle continue son travail, tout en repensant à ce qu’elle a aperçu avant de déjeuner. Elle y pense tout l’après midi. Elle attend avec impatience l’heure de rentrer chez elle. Il ne lui reste plus que cins minutes, qu’elle passe à regarder la pendule. Les aiguilles indiquent qu’il est dix-sept heures, elle prend son manteau et se dépêche de sortir de son bureau.

A la sortie de sa banque, Bertrand l’attend, il a prévu de l’emmener au cinéma. Tous les deux s’organisent souvent des soirées : cinéma, Champs Elysées, Tour Eiffel… Ils sont dynamiques et aiment beaucoup sortir ; passer des journées entières devant la télévision ne les intéresse vraiment pas. Béatrice étonnée qu’il soit venu la rejoindre, alors que quelques heures auparavant elle avait cru l’apercevoir aux bras d’une autre femme, préfère ne pas en parler et profiter de ce moment au côté de son fiancé. Sur la route pour aller au cinéma, ils discutent pour savoir quel film ils iront voir ce soir. Bertrand aimerait un film sur la seconde guerre mondiale alors que Béatrice, elle, préfère un film sur une femme modèle dans le monde de la mode. Après avoir longuement débattu, Bertrand finit par céder, sa compagne de nature capricieuse, n’a pas voulu changer d’avis surtout après la scène qu’elle n’aurait jamais voulu voir dans la journée lorsqu’elle était à la banque.

Arrivée au cinéma, Béatrice essaye de se frayer un chemin parmi les gens qui font la queue, pour être sûre d’avoir ses places. Son compagnon l’attend un peu plus loin, il préfère éviter la foule et rester en retrait. En attendant de payer, Béatrice regarde Bertrand assis sur un siège à côté d’un distributeur. Il a l’air étrange, il regarde autour de lui comme s’il avait peur de croiser quelqu'un. Il finit par se lever, se dirige vers les toilettes, ouvre la porte, jette un dernier coup d’œil derrière lui et entre. Béatrice ne comprend pas ce qui se passe et ne veut pas laisser sa place pour aller faire la curieuse, au risque de devoir faire de nouveau la queue. Quand arrive son tour au guichet, elle demande les deux places, paye le montant demandé et prend les deux tickets. Elle se dirige vers le siège où était assis Bertrand lorsqu’il surgit des toilettes, toujours avec cet air de chercher quelqu’un du regard .

-« Qu’est ce qu’il t’arrive ? Pourquoi fais-tu cette tête ? » lui demande Béatrice.

-« Rien, j’ai cru voir un ami entrer dans les toilettes, j’y suis allé mais je ne l’ai pas vu. Pourtant j’étais persuadé que c’était lui, c’est bizarre… », répond Bertrand

-« C’est plutôt toi qui es bizarre en réagissant comme ça, on aurait plutôt l’impression que tu cherches à éviter quelqu'un… »

Bertrand la regarde, l’air intrigué.

-« Non pourquoi dis tu ça ? Qui veux-tu que j’évite ? »

-« Ça, c’est à toi de me le dire. » répond tout bas Béatrice.

Bertrand fait semblant de ne pas entendre. Béatrice bout à l’intérieur d’elle-même et n’a qu’une envie, lui parler de ce qu’elle a vu dans la journée. Mais elle ne se sent pas à l’aise et n’a pas envie de se faire remarquer devant tout le monde avec une scène de ménage.

La salle de cinéma ouvre, ils vont s’asseoir au fond. Bertrand commence à lui raconter sa journée, c’est quasiment tous les jours le même récit. Béatrice s’attend à ce qu’il lui dise qu’aujourd’hui il est passé devant sa banque, mais il n’en parle pas et lui dit qu’il est resté toute la journée au bureau.

-« Tu as passé toute la journée au bureau ? Tu n’es même pas sorti prendre une pause ? » questionne Béatrice.

-« Non, il ne faisait pas très beau et j’avais beaucoup de travail. » répond Bertrand.

-« Pourtant j’aurais juré te voir passer devant ma banque, avec une collègue ou je ne sais qui… » dit- elle.

-« Hein ? Ah… Bien sûr que non, je ne passe jamais devant ta banque c’est loin de mon bureau, et pourquoi veux-tu que je sois avec une femme ? » demande Bertrand d’un air gêné.

-« Mais je ne sais pas ! Je te dis juste que j’ai cru te voir passer devant ma banque cet après midi. Ne te justifie pas comme si tu avais quelque chose à te reprocher ! » s’énerve Béatrice.

-« Je ne me justifie pas, mais je ne suis pas passé devant ta banque, tu as cru que c’était moi, mais c’était sans doute quelqu'un qui me ressemblait. » dit-il.

-« Oui c’est sûrement ça, je n’ai pas dit le contraire. Tu t’affoles tout seul, tu te vends tout seul ! »

Bertrand préfère ne rien dire. Béatrice en a assez de cette ambiance, elle a vraiment l’impression que son compagnon lui cache quelque chose. En attendant que le film commence, ils ne décrochent pas un mot. Bertrand regarde son agenda avec ses rendez vous, Béatrice observe les gens qui entrent dans la salle. Elle n’arrive pas à s’enlever de la tête l’image de son fiancé dans les bras d’une autre femme et l’idée qu’il puisse la tromper la rend folle.

Tout à coup, elle sursaute. Bertrand ne remarque rien, mais Béatrice vient de voir une femme entrer dans la salle. Son visage lui parait familier. Elle se demande si ce n’est pas la même femme aperçue avec Bertrand dans l’après midi. Elle était grande, brune avec de grands yeux bleus. C’est une femme qu’un homme ne peut pas ne pas remarquer. Elle a sûrement la trentaine, pas encore quarante ans. Elle porte un long manteau noir qui descend jusqu’aux mollets et qui laissent voir des bottes pointues à talons très hauts. Elle arbore de nombreux bijoux dorés et ses longs cheveux noirs, ondulés, cachent en partie de grands anneaux également dorés. Elle est seule, elle ne semble pas trop savoir pourquoi elle est là. Elle regarde autour d’elle, semble chercher quelqu'un du regard et finit par s’asseoir.

Béatrice trouve cette femme magnifique ; si elle devait changer de physique, elle aimerait ressembler à cette inconnue. Elle incarne la femme parfaite, dynamique et élégante. La jeune femme tourne la tête en direction de Bertrand. Béatrice fait mine de regarder dans le vide mais observe la femme en noir. « Mais qui est cette femme ? » se dit-elle. « Pourquoi regarde-t-elle Bertrand avec autant d’insistance ? Et lui, qu’est ce qu’il me cache ? » La jeune femme change de place, elle se rapproche d’eux, en fixant toujours Bertrand du regard. Celui-ci observe toujours son agenda et griffonne quelques notes.

-« Qu’est ce que tu écris ? » demande Béatrice.

-« Demain j’ai une réunion et je note deux trois choses importantes à ne pas oublier quand je présenterai mon nouveau projet. » répond Bertrand très serein, cette fois.

-« C’est quoi ton nouveau projet ? »

-« C’est un complexe sportif que l’on doit refaire, on va le détruire pour en reconstruire un nouveau beaucoup plus grand et amélioré. »

-« Ah c’est bien. Tu ne m’en avais pas parlé de ce projet ? » questionne Béatrice.

-« Bien sûr que non, tu ne me poses jamais de questions sur mes projets, je te raconte ma journée et ça s’arrête là, tu ne me demandes jamais rien. Je vais finir par croire que tu ne t’intéresses pas à moi. » répond Bertrand.

-« Et toi si tu ne me cachais pas tant de choses, le dialogue serait sûrement plus facile entre nous deux. » rétorque Béatrice.

-« Mais qu’est ce qui t’arrive ? Pourquoi tu me suspectes comme ça ? Dis-moi ce que tu as sur le cœur une bonne fois pour toutes qu’on en finisse ! » s’énerve Bertrand.

Béatrice, surprise de la réaction de son fiancé, en a le souffle coupé et ne sait plus quoi dire. Plus rien ne sort de sa bouche, elle ne peut plus réfléchir, seules les paroles de Bertrand résonnent. Pourtant elle a tant à lui dire, c’est frustrant. Elle réalise que c’est à cause d’elle que le dialogue entre eux deux s’est peu à peu fermé. Elle se retient toujours de dire ce qu’elle pense, de peur de dire une parole déplacée mais aujourd’hui il faut qu’elle lui parle absolument et elle en est incapable.

Bertrand en voyant qu’elle ne répond rien, tourne la tête et son regard croise celui de la jeune femme en noir. Il a l’air surpris et apeuré en la voyant. Béatrice observe la scène. La jeune femme en noir fait un léger sourire à Bertrand, tandis que lui, ne laisse rien paraître. Béatrice ne comprend vraiment rien à ce qui se passe et aucun mot ne lui vient pour parler à son fiancé.

Le film commence. Béatrice essaye de se concentrer sur l’histoire et d’oublier tout ce qu’elle a vu aujourd’hui, elle a envie de se détendre et de penser à autre chose. Bertrand lui ne regarde plus la jeune femme au grand soulagement de sa fiancée.

Béatrice a beaucoup de mal à suivre le film : il raconte la vie d’une jeune femme magnifique, sans soucis, riche et heureuse, qui travaille dans une grande maison de couture. Un film qu’elle trouve bien loin de la réalité, surtout dans des moments comme ceux-là…

Béatrice finit par s’assoupir sur l’épaule de Bertrand, fatiguée de sa journée et de toutes ces émotions, elle est exténuée et ne peut s’empêcher de fermer l’oeil.

Elle sent sur son visage des petites caresses et un bras qui la secoue légèrement pour la réveiller. Elle ouvre les yeux, aveuglée par une forte lumière, elle lève la tête et regarde Bertrand.

-« Le film est fini. » dit Bertrand d’une voix douce.

-« Ah bon ? Déjà ? Mais je n’ai quasiment rien vu … » répond Béatrice.

Elle regarde autour d’elle et remarque que la jeune femme en noir est accompagnée cette fois d’un homme très élégant. Ils n’ont pas l’air très proches, ce n’est sûrement pas son fiancé, ce doit être juste un ami. Bertrand prend Béatrice par la main et se dirige vers la sortie, ils marchent tous les deux sans se parler, et rentrent à leur appartement à quelques mètres du cinéma.

En entrant chez elle, Béatrice file dans sa chambre se coucher, laissant Bertrand seul devant la télévision.

Le lendemain Béatrice est sortie brutalement de son sommeil par le bruit strident de son affreux réveil. Elle était en plein cauchemar, son fiancé lui annonçait qu’il préférait rompre, il avait rencontré une autre jeune femme dont il était tombé éperdument amoureux. « La journée commence bien » se dit Béatrice d’un ton ironique ! Elle se lève, va dans sa salle de bains se préparer, ressort au bout d’une demi-heure, habillée, maquillée et coiffée. Elle se rend dans la cuisine, Bertrand est juste levé, il boit son café en lisant le journal. Béatrice lui fait un bisou sur la joue, elle s’assoit en face de lui, verse du café dans son bol, en mangeant la tartine de beurre que son fiancé lui a préparée.

-« Tu as bien dormi ? » demande Béatrice pour engager la conversation.

-« Oui, plutôt bien, et toi ? » répond Bertrand.

-« Pas vraiment, j’ai fait un cauchemar. »

Bertrand ne dit rien, il reste silencieux, concentré sur son journal. Béatrice a le sentiment qu’il se moque un peu de son cauchemar, elle finit son café, prend son sac, sort de la cuisine en s’adressant à Bertrand : « Bonne journée, à ce soir ». Elle sort de son appartement, court dans la rue pour ne pas rater le métro. Une fois assise dans le train, elle remarque une tache blanche de dentifrice sur son nouveau pantalon très à la mode qu’elle a acheté quelques jours auparavant. Elle se dit que ce n’est sûrement pas sa journée mais qu’au moins la tâche est assortie à son chemisier.

Le métro s’arrête, elle descend, marche jusqu’à sa banque. Elle ouvre la porte et est accueillie par le directeur de l’établissement qui la félicite pour son rendez-vous de la veille. Elle se dirige vers son bureau, s’installe dans son immense fauteuil en cuir, allume son ordinateur et consulte ses mails. Rien de très intéressant, de la publicité et quelques nouvelles de ses amies habitant la région parisienne qu’elle n’a pas vues depuis plusieurs semaines. Elle consulte les dossiers de ses clients et les remet à jour. Elle n’aime pas beaucoup ces journées où elle n’a pas vraiment de travail important à faire. Elle préfère quand son patron lui confie des clients de la plus haute importance.

La journée passe doucement, Béatrice va de son bureau à la machine à café en échangeant quelques mots avec ses collègues. Il est dix-sept heures, l’heure pour elle de rentrer à la maison. Elle sait que si elle regagne son appartement, elle sera seule, Bertrand ne rentrera pas avant dix-neuf heures, le temps pour elle de fouiller dans ses affaires. Elle sort de son bureau, court vers le métro pour arriver le plus tôt chez elle. Le long du trajet, elle s’imagine en train de fouiller dans les poches de son fiancé, trouvant tout un tas de petits papiers avec des numéros inscrits dessus, des photos de lui avec d’autres femmes et des lettres cachées. Elle essaye de se persuader qu’elle ne trouvera rien, pourtant un sentiment de peur l’envahit… Et si Bertrand la trompait ?

Arrivée chez elle, elle monte les escaliers à grande vitesse. Une fois dans son appartement, elle pose ses affaires sur la table du salon, se dirige vers sa chambre et commence par les tiroirs de la table de nuit de Bertrand. Mis à part des somnifères et des livres policiers, elle ne trouve rien d’autre. Elle ouvre la grande armoire, où ils rangent tous leurs vêtements, elle fouille les poches des vestes et des pantalons de son fiancé, sans trouver de petits mots… D’un côté elle se sent soulagée mais de l’autre, elle est déçue, car elle ne sait toujours pas qui est cette femme inconnue et elle a bien peur de ne pas le découvrir.

La dernière solution qui lui reste est de chercher des pistes dans l’ordinateur. Elle a le pressentiment que c’est là qu’elle trouvera des réponses. D’une main tremblante, elle allume l’ordinateur, ouvre la session de Bertrand. Elle respire un grand coup et ouvre son dossier « documents ». Elle trouve d’abord des fichiers Publisher, ce sont des invitations pour un anniversaire, le nom de la personne et le lieu ne sont pas encore précisés, les invitations ne sont pas finies, mais dans quelques mois c’est l’anniversaire de Béatrice. « C’est sûrement une pure coïncidence » se dit-elle. Puis elle trouve un dossier photos renommé « Catherine », Béatrice pense tout de suite à cette mystérieuse femme en noir qu’elle a vue lorsqu’elle était à la banque et au cinéma. Elle clique sur le dossier, plus inquiète que jamais, elle ouvre les photos et reconnaît la jeune femme aperçue avec Bertrand ! Béatrice ne sait plus quoi penser, elle se sent perdue et trompée. Elle regarde alors les autres photos, elle n’en croit pas ses yeux, il y a des photos d’elle-même lorsqu’elle était enfant avec une autre petite fille : elle reconnaît alors sa grande copine d’école, Catherine, ensemble elles ont fait les 400 coups. Elles se sont perdu de vue lorsque Béatrice est allée au lycée.

« Pourquoi ne l’ai-je pas reconnue plus tôt ? Comment ai-je pu croire que Bertrand me trompait avec elle ? Et puis ça ne me dit toujours pas pourquoi il a pris contact avec Catherine… » Elle consulte donc la page des mails de son ami, il y en a plusieurs de Catherine, elle lit le premier :

« Cher Bertrand, j’ai bien reçu ton mail, je serais ravie de venir à l’anniversaire surprise de ma tendre amie Béatrice, cela fait des années que je ne l’ai pas vue, je ne sais même pas ce qu’elle devient. Ma présence à son anniversaire sera notre secret. A très bientôt, amicalement. Catherine. »

Béatrice n’en croit pas ses yeux. Son fiancé lui préparait le plus bel anniversaire qu’elle n’ait jamais eu : c’était bien son souhait le plus cher d’avoir sa famille et ses amis réunis pour ses cinquante ans !

Pour une fois que son rêve pouvait se réaliser, elle gâche tout à cause de sa curiosité et de sa jalousie. Elle s’en veut tant de s’être disputée hier soir avec Bertrand et de lui avoir fait des reproches. La meilleure chose qu’elle puisse faire, c’est encore de réagir comme si elle n’avait rien découvert et préparer un bon petit dîner pour son fiancé lorsqu’il rentrera. Et surtout, la prochaine fois, elle pensera à être moins curieuse…


CM - SG
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Désillusions

C’était par un bel après-midi de juin. Comme chaque mercredi, il était prévu que j’aille au cinéma avec une amie, Laurence. C’est vrai que le temps, ce jour-là, était plus favorable aux promenades mais moi, je préférais m’enfermer dans une salle obscure pour regarder un bon film. J’ai toujours aimé le cinéma et depuis que je suis à Paris, cela me permet de décompresser, de m’évader. Prétextant une indisponibilité, Laurence n’a finalement pas pu venir. C’est donc seule que je m’y rendis.

En retard, j’entrai dans la salle sans avoir eu le temps de contrôler le planning des séances. Je m’assis au fond, à côté d’un homme. Je lui demandai quel film nous allions alors regarder. Il me répondit que c’était « la Maîtresse du lieutenant français » d’un certain Karel Reisz avec, à ma surprise, Meryl Streep. Je lui fis part de mon admiration pour cette actrice alors que le film débutait.

Je trouvais cet homme assez drôle ; durant tout le film, son regard resta accroché à l’écran : il était comme emporté par l’histoire. Moi, je l’observais de temps en temps. Il était très beau, avait un certain charme malgré une manière de s’habiller très négligée et ses cheveux en bataille lui donnaient un air comique. Il devait avoir à peu près mon âge entre quarante-cinq et cinquante ans, peut-être un peu plus mais surtout pas moins. Une fois le film terminé, nous étions les seuls à regarder le générique jusqu’à la fin. C’est seulement quand le dernier nom apparut à l’écran, qu’il se leva et me salua. Il était vraiment très charmant. Je le suivis jusqu’à la sortie du cinéma puis là, chacun reprit sa route. Tandis que je m’éloignais, je l’entendis me crier : « A la semaine prochaine, Béatrice ! »

Je me retournais interloquée et le vis me sourire. Comment savait-il mon prénom ? Je n’eus pas le temps de lui demander que déjà, il courrait pour prendre son bus.

Je rentrai chez moi toujours en me demandant qui pouvait être cet homme. Le connaissais-je ? L’avais-je déjà vu quelque part ? Mais où ? J’essayais de me le rappeler en cherchant dans mes souvenirs les plus lointains. J’égrenais les noms des hommes que j’avais pu rencontrer jusqu'à maintenant. Tous y passèrent même mes petits amis du collège et lycée (il n’y en pas eu tellement, je m’en souviens donc assez bien et puis j’avoue que même à cette époque j’étais déjà très fidèle !). Malgré tous mes efforts je ne voyais vraiment pas comment il pouvait si bien me connaître. Pourtant, je l’avais aperçu quelques fois au cinéma sans qu’il vienne me voir ; même ce jour-là il m’avait paru distant ; l’avait-il fait exprès ? Je me mis alors à faire des recherches et ressortis, du fond de mes tiroirs, des vieilles photos de classe. Je garde tout, je n’ai jamais rien jeté car pour moi tous ces souvenirs ont beaucoup de valeur.

Je tombai alors sur une photo de ma mère. Elle a à peu près vingt ans, c’est une photo prise sur le vif par mon père. Elle semble heureuse, elle sourit. Derrière, il a été inscrit une date : «12 juin 1960 ». Deux semaines plus tard ils se mariaient. Un an après, ils quittaient l’Allemagne pour venir s’installer en France. De ma mère, je garderai le souvenir d’une femme merveilleuse, épanouie. Mon père aura toujours fait tout ce qui pouvait être en son pouvoir pour la rendre heureuse. Maintenant, elle n’est plus là et mon père que je vois de temps en temps ne me reconnaît presque plus. Les larmes commençant à me monter aux yeux, je reposai cette photo et me remis aussitôt à mes recherches. J’en profitai pour faire du tri. Durant toute la soirée, je n’ai cessé de penser à l’homme du cinéma. Son allure, son visage, ses yeux, sa voix ne quittaient pas mon esprit ; même durant la nuit, j’en rêvai !

Le lendemain à la banque où je travaille, je racontai cette rencontre à mes collègues. Elles étaient toutes sous le charme de cette aventure. Elles me demandèrent si cela allait continuer et prirent ce sujet vraiment au sérieux, comme toutes les femmes friandes d’histoires à l’eau de rose. Je leur répondis que je n’en savais rien étant donné que je n’avais ni l’adresse ni le numéro de cet homme. Et puis, je leur fis croire que je m’en fichais sans leur dire qu’en réalité cela me préoccupait vraiment.

Le soir, arrivée chez moi je reçus un coup de fil. En décrochant, je reconnus aussitôt sa voix : c’était lui ! J’engageai alors la conversation en gardant une certaine réserve. Il se présenta et dit qu’il s’appelait Franck. Enfin, le mystère s’éclaircissait. Je me sentis de plus en plus à l’aise et lui demandai comment il me connaissait. Il me répondit qu’un soir après une séance de cinéma, il nous avait suivies, mon amie et moi, jusque dans le métro, qu’il s’était assis derrière nous et avait écouté nos conversations. J’étais alors assez perplexe. Il s’agissait peut-être d’un pervers…

Nous engageâmes ensuite la discussion et nous parlâmes de tout et de rien comme deux personnes qui se connaissent à peine. Il paraissait pourtant tout savoir de moi et au bout de quelques minutes, le moment que j’appréhendais, mais que, sans doute au plus profond de mon être j’attendais avec impatience, arriva : il me proposa un rendez-vous ! Il avait hâte de me connaître encore mieux, il voulait que l’on soit en tête à tête dans un lieu calme. Je souriais, j’étais presque émue ! C’était très certainement un plan de drague qu’il me faisait mais je le trouvais tellement touchant et drôle que j’acceptai sans hésiter.

Il me laissa le choix du lieu et de la date. De toute manière, vivant seule et mes amis habitant tous assez loin, j’étais libre tous les week-ends. Je lui proposai un restaurant très sympa dans le 13e près de chez moi pour le samedi suivant. Il fut enchanté par cette proposition bien qu’il ne connaisse pas l’endroit.

Il dut raccrocher précipitamment prétextant que quelqu’un venait de sonner chez lui. Mais je fus étonnée d’entendre en arrière-plan la voix d’une femme. Je raccrochai à mon tour sans trop me poser de questions.

J’attendis le samedi soir en comptant les heures, les minutes. Le moment venu, je me préparai avec beaucoup d’attention. Je fis l’inventaire de toute ma garde-robe et essayais les tenues une par une sans jamais me décider. Une robe pourtant attira mon attention mais, après m’être souvenu que c’était la préférée de mon ex-mari et que, après réflexion, elle devait avoir plus de cinq ans, je la remis dans l’armoire. Je tombai alors sur une autre robe. Celle-là était noire, toute simple mais très « class ». Je l’enfilai et mis un soin particulier à mon maquillage et ma coiffure. Cet homme essayait de me draguer, j’étais bien décidée à l’impressionner !

Arrivée devant le restaurant où nous devions nous retrouver, j’étais étonnée de devoir l’attendre, en général c’est plutôt l’inverse : ce sont les hommes qui attendent les femmes. La pluie commençait à tomber quand je sentis derrière moi comme un souffle. Je me retournai et eus du mal à le reconnaître : il portait une longue veste par-dessus un ensemble très élégant. J’en fus surprise, d’autant plus qu’il était très bien coiffé ! Il avait une bien plus belle allure que la première fois que je l’avais vu. Nous entrâmes dans la salle aux couleurs douces et au décor baroque très propices au romantisme. Nous nous installâmes à une table. Les gens autour de nous nous observaient ; ils devaient penser que nous étions un très beau couple alors qu’en réalité nous ne nous connaissions à peine ! Franck me félicita sur ma tenue, mon maquillage bref sur mon aspect général, j’en étais flattée. Il me fit remarquer que je rougissais puis soudain sortit son portable de sa veste, s’excusa auprès de moi et alla répondre au dehors. Il revint au bout de quelques minutes, trempé par la pluie et l’air inquiet. Je lui demandai s’il y avait un problème mais il me répondit que tout allait bien, que c’était juste un collègue de boulot. Franck travaillait dans l’édition. Tout au long du repas, il me parut complètement ailleurs, il ne me regardait presque jamais en face quand je lui parlais. J’en étais gênée.

Au bout d’une heure et demie, nous sortîmes du restaurant. Je n’avais pas plus de renseignements sur lui qu’auparavant. Cet homme me paraissait vraiment étrange ; j’étais sûr qu’il avait quelque chose à me cacher. Je ne voulais me poser aucune question. Nous rentrâmes chacun chez nous en nous disant au revoir. Je restais là toute décontenancée du fait qu’il ne m’invite pas chez lui. C’est alors que je lui proposai de venir chez moi mais il me dit qu’en ce moment il était très fatigué et qu’il ne voulait pas trop traîner. J’en étais déçue et rentrai chez moi, seule. C’était la première fois que je rencontrais un homme depuis mon divorce quatre ans auparavant. La chance me souriait mais je voyais que Franck n’était pas quelqu’un qui voulait s’engager rapidement… En arrivant à mon appartement le téléphone retentit. Je décrochais. C’était Franck qui s’excusait que son humeur ait gâché cette soirée. Il me révéla qu’en réalité le journal pour lequel il travaillait connaissait une crise et qu’il était à deux doigts d’être licencié. Nous discutâmes un long moment puis il me laissa en me disant qu’il aimerait me revoir. J’étais très heureuse de son souhait. Les jours passaient. Nous nous appelions de temps en temps puis presque tous les jours. Il partait souvent en voyage pour son travail. Cela nous laissait très peu de temps pour nous voir. Un soir pourtant il m’invita chez lui, cela faisait déjà deux mois que nous nous étions rencontrés. Son appartement était simple, sans décoration particulière mais il était désordonné. Il me dit que c’était dû au fait qu’il partait souvent. Nous nous installâmes dans son salon puis soudain il me fit part de ses sentiments. Il se rapprocha de moi et je me laissai porter par le désir. Il me conduisit dans sa chambre et nous passâmes la plus belle nuit que je connus depuis cinq ans.

Le matin, je me réveillai à ses côtés. Je me dépêchai et partis au travail comme si de rien n’était, aucune de mes collègues ni de mes amies n’étaient au courant de mon histoire avec Franck.

Un jour, pourtant, alors que nous nous étions installés à la terrasse d’un café, je me décidai d’en parler à Laurence qui savait m’écouter et me conseiller. Elle était surtout très douée dans les affaires matrimoniales ! Je lui fis deviner qui était l’heureux élu avant de le lui montrer en photo. Soudain, le visage de Laurence se décomposa. Je lui demandai ce qui n’allait pas quand je la vis cacher ses yeux entre ses mains. En pleurs, elle me raconta comment il l’avait séduite quelques semaines auparavant. Elle voulait m’en parler, mais plus tard quand elle aurait été vraiment sûre de cette union. Prise de panique, je compris que Franck m’avait trompé avec l’une de mes amies et réciproquement, qu’il la trompait avec moi. A ce moment nous étions toutes les deux à notre table en train d’injurier cet homme qui nous faisait du mal. Je pleurais à mon tour. Les gens autour de nous nous regardaient. Nous avions l’air de deux folles ! Laurence, haineuse, voulait le tuer. Moi aussi, j’aurais aimé participer à ce « massacre » mais, plus calme, je lui dis qu’il valait mieux s’expliquer avec lui. Nous partîmes toutes deux, désemparées.

Aujourd’hui, je ne revois plus Laurence. Après cet épisode, elle est tombée dans une déprime terrible et n’a plus souhaité me fréquenter. Pour elle, il en était mieux ainsi. Quant à Franck, je me suis rendu chez lui peu après pour clarifier la situation. Il ne savait plus quoi dire pour se défendre si ce n’est qu’il était tombé amoureux de nous deux alors qu’il nous suivait un soir en rentrant du cinéma. Je lui interdisais toute excuse. Depuis, nous ne nous sommes plus jamais revus. Je ne me rends plus au cinéma où nous nous sommes rencontrés et je me suis enfin résignée à ne plus perdre mon temps avec ces passions dérisoires.


CC
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Dans les bras de Morphée…

Cette nouvelle a été sélectionnée par la classe de 1ère BP Artisanat et métier d''Art du Lycée Notre-Dame du Roc à La Roche-sur-Yon (85), pour concourir pour une lecture publique en janvier prochain dans le cadre du Festival Premiers Plans à Angers.

9h28 - 47, 4e B, rue Croulebarbe Paris 13e


Quelle sensation agréable d’être là, tranquille, dans ses draps, apaisée par une bonne nuit de repos, d’errer entre le sommeil et l’éveil, le conscient et l’inconscient, pendant quelques instants de ne plus se souvenir de ce qu’on a fait la veille ou de ce qu’on a à faire dans la journée. La notion de temps m’a totalement échappé. Tout ce qui m’importe en ce moment, c’est la lumière du soleil qui perce à travers les volets et qui vient caresser mon visage ainsi que le chant apaisant des oiseaux du parc d’en face. Je suis bien… Je suis zen… Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas sentie aussi détendue… Je me sens rejoindre peu à peu les bras de Morphée…

Tout est noir et froid. Je ne sais plus où je suis. L’état de bonheur dans lequel j’étais il y a peu de temps m’a quittée. J’entends au loin des explosions et des cris de frayeur qui s’amplifient de plus en plus. Les battements de mon cœur s’accélèrent.

TUUUUUUUUUUNT !!!!!!!!!
- « Tu vas la bouger ta caisse » ?!?

Je sursaute dans mon lit. Je suis en sueur. Retour à la dure réalité parisienne avec ses habitants qui râlent continuellement dans les rues. Mais je ne vais pas me plaindre de ce réveil, car même s’il a été brutal, il m’a permis de me sortir de ce cauchemar. Je remarque qu’il est neuf heures trente-deux. Je suis en retard au bureau, mais bon, ma matinée n’est pas chargée; je n’ai pas de rendez-vous avant onze heures. Et puis je suis toujours ponctuelle, tant pis si pour une fois, je n’arrive pas à l’heure. Direction la salle de bains.

Je m’appelle Béatrice Merkel, j’ai quarante-sept ans et je vis à Paris depuis l’âge de huit ans. Nous sommes arrivées de Magdebourg, en Allemagne, avec ma mère. Depuis je n’ai jamais vécu en dehors du 18e. Je suis célibataire et sans enfant. J’ai bien été mariée mais mon mari me trompait et m’ignorait, alors je l’ai quitté quatre ans après notre mariage. Depuis je n’ai jamais eu de relations très sérieuses et maintenant je ne ressens plus l’envie d’avoir un homme à mes côtés. Mon Yorkshire Duchesse me tient compagnie et ça me suffit. Je suis conseillère clientèle pour la Société Générale. Je mène donc une vie tranquille et posée, bercée par mon travail et les virées shopping avec la seule amie que j’aie : Bernadette, un petit bout de bonne femme de cinquante-trois ans, mariée et mère au foyer.

Enfin prête. Je prends un café et je m’en vais travailler. Etrangement la chienne n’est pas venue me faire la fête avant que je parte. Elle doit encore dormir dans le salon. Qu’est-ce que j’aimerais être à sa place. Je descends les escaliers. Madame Bertier la gardienne d’immeuble ne me remarque pas, elle passe le balai, la tête baissée. Tant mieux elle m’exècre et puis je suis pressée. Tiens ! Je ne sais plus ou j’ai stationné ma voiture !? Le pire c’est que ça ne m’inquiète même pas. J’ai dû la garer plus haut dans la rue. Ce n’est pas grave je vais prendre le bus ! Je n’aime pas trop les transports en commun. Tous ces gens qui s’entassent dans des boîtes de conserve qui roulent au colza pour ne pas polluer. C’est écologique disent-ils ! Cette mode où tout le monde devient écolo n’est qu’éphémère.

Je rejoins donc l’arrêt de bus où déjà deux personnes attendent. Le bus arrive. Je monte après la personne âgée qui se précipite pour avoir la meilleure place, et un jeune, absorbé par la musique de son lecteur MP3 ; il ne se presse pas pour monter. Je laisse un euro vingt, le montant exact du trajet, sur le tableau de bord du chauffeur, qui ne les ramasse pas immédiatement. Et je vais m’asseoir au fond. Le chauffeur repart enfin. Destination rue Jeanne d’Arc.


10h47 - rue Jeanne d’Arc Paris 13e

Un quadragénaire, dans un costume gris chiné qui le boudine un peu, sonne le même arrêt que moi. Le bus ralentit à la vue de notre terminal. Une fois le véhicule à l’arrêt total, je me lève de mon siège, me dirige vers la porte de sortie centrale, puis commence à me mêler à une demi-douzaine de personnes qui se précipitent pour descendre sur le trottoir. Je n’en reviens pas ! Je me fais bousculer, pousser même, presque piétiner et les gens ont l’air de trouver ça normal ! Et pas un « Pardon » pas un « Excusez-moi » ni de galanterie «Je vous en prie, après-vous…». C’est aussi pour ça que je n’aime pas prendre les transports en commun. Toute cette bousculade pour essayer de sortir du véhicule le plus vite possible comme s’il en allait de leur vie, comme si un trésor fabuleux les attendait dans le fin fond de l’abribus, comme si le bus était emballé sous vide et qu’il fallait en sortir le plus vite possible pour reprendre son souffle… Que les gens sont navrants !

Une fois extraite de ce troupeau de malpolis, je me dirige vers la banque. J’aperçois à quelques mètres l’enseigne rouge et noire qui surplombe le bâtiment. Je passe le pas de la grande porte vitrée. La sonnette ne retentit pas, elle doit être cassée. Je traverse le grand hall où des clients retirent de l’argent aux guichets automatiques ou patientent en attendant leur rendez-vous avec un banquier. Par chance, je ne vois mon client nulle part : mon retard n’a donc pas trop d’importance ; sauf si monsieur Fournier le remarque, ce qui n’a pas l’air d’être le cas : quand je passe devant l’hôtesse d’accueil, elle ne m’informe de rien, ni message, ni appel. D’ailleurs je ne sais même pas si elle a remarqué mon arrivée. Tant mieux ! J’en profite pour me faufiler dans mon bureau, mine de rien. Et tant que j’y suis, si on me demande, je suis là depuis ce matin.

Tiens ! Trois bouquets de fleurs ont été déposés sur mon bureau. Etrange ! Aurais-je oublié mon anniversaire ? Non impossible nous sommes en plein mois de mai alors que je suis née un 3 septembre et en plus, aucun de mes collègues n’y pense jamais ! Ou alors est ce… un admirateur secret ? Ca serait bien comique et en même temps très plaisant. Mais très gênant… Oh non ! Je rougis, heureusement que je suis toute seule dans la pièce. Je me dirige vers le bureau, jette mon manteau et mon sac nonchalamment dans mon fauteuil, commence à fouiller les gerbes de chrysanthèmes à la recherche d’une carte ou d’un petit mot, mais rien. Décidément ! Bon ! Et bien je vais ranger mes effets sur la patère ; si mon client arrive et qu’il voit ce désordre quelle image vais-je donner de la banque ? Une fois le bureau un peu en ordre je sors un dossier d’adhésion et je me pose dans mon fauteuil. Je me tourne vers la fenêtre, me mets un peu plus à l’aise, je me sens glisser dans le siège, mes paupières se ferment petit à petit….

Je quitte la clarté de mon bureau pour m’enfoncer peu à peu dans la noirceur de mes rêves. Encore ce sentiment de frayeur, ce froid qui me glace le dos, cette impression de ne plus savoir où je suis. Une explosion se fait entendre. Elle semble venir de plus près que dans mon rêve du matin. Toujours les mêmes cris. Je sens les battements de mon cœur s’amplifier. Une ombre noire semble s’approcher de moi. Je suis dans le désarroi le plus total. Elle s’approche. J’ai peur. Une explosion très forte.

Retour brutal et moite dans mon bureau. Mon cœur bat comme si j’étais restée dix minutes sous l’eau en apnée. Je prends quelques secondes pour retrouver mes esprits. Je regarde mon poignet gauche. Mince j’ai oublié ma montre ! Sur la pendule il est onze heures cinquante-trois. Et mon client qui n’est pas venu !? Bon et bien tant pis, je l’appellerai lundi. En attendant, moi, ma journée se termine là ! Je pars une demi-heure en avance mais qu’importe, je n’ai plus aucun rendez vous avant le début de la semaine prochaine. Et si on me questionne je dirai que je ne vais pas bien. Après tout, ce n’est pas totalement faux. Je suis encore toute chamboulée par ce rêve étrange qui se répète et s’amplifie à chaque fois que je ferme les yeux.

Comme à mon arrivée, je suis tellement discrète que personne ne me remarque. En même temps le hall d’entrée est quasiment vide. En effet, il y a moins de clients en fin de matinée le samedi matin et Natacha, à l’accueil, est au téléphone, tête baissée. Sûrement un futur client qui prend rendez-vous. Une fois dehors, je décide de rentrer à pieds.


12h26 - porte du Square René Le Gall, rue Croulebarbe Paris 13e

Je viens de dépasser l’appartement de quelques mètres. J’ai envie de faire un tour dans le square. Une fois passée les grilles noires, je me dis que j’aurais peut-être dû prendre la chienne pour l’emmener en promenade ? Mais bon, tant pis, je la sortirai ce soir. A cette heure-ci il y a un peu de monde. Les gens se posent sur les bancs pour déjeuner rapidement d’un sandwich avant de retourner à leur travail. Moi, je n’ai pas faim ; alors je profite de l’air frais qui me caresse le visage en me promenant sur les chemins bordés de plantes et de buissons divers. J’ai quasiment fait le tour du square, quand je repère un banc inoccupé. Je décide de m’y asseoir avant de poursuivre ma route.

Le chant des oiseaux et la brise légère m’apaisent et me décontractent. Je me sens fondre sur ce banc qui me parait assez confortable malgré ses planches. Encore une fois mon environnement m’échappe totalement. Je me sens glisser de mon sofa de bois pour partir vers un lieu que je ne reconnais toujours pas…

C’est toujours le même rêve. Il fait sombre, les gens crient, j’ai la sensation d’avoir froid, des explosions retentissent. Cette fois-ci, la première chose que je perçois c’est un bruit sourd comme une forte détonation lointaine. J’ai la sensation d’avoir une douleur violente dans le ventre. Et puis, il y a toujours cette même silhouette sombre qui s’avance vers moi ; je peux à peine distinguer un visage cagoulé et une voix masculine mais je ne comprends aucune de ses paroles. Je suis effrayée comme jamais…

Et encore un réveil brutal après un cauchemar horrible. C’est tout de même assez bizarre de s’endormir tout le temps comme ça et n’importe où ? Serai-je devenue narcoleptique ? Et puis ce rêve étrange qui revient sans cesse… Morphée me joue des tours… il faut que j’en parle à Bernadette, et ça tombe bien il est temps de partir direction la place d’Italie pour la rejoindre ! Nous avons rendez-vous pour une virée shopping, comme quasiment tous les samedis après-midi.


14h25 - Avenue de la sœur Rosalie, non loin de la place d’Italie, Paris 13e

Sur la route, je repense à ce rêve et au fait que je m’endorme dès que je m’assois quelque part. Mais, heureusement, je n’aurais pas à me poser cet après-midi car j’ai rendez-vous avec Bernadette à quatorze heures trente pour flâner dans toutes les boutiques du centre commercial Italie 2. D’ailleurs me voici arrivée ; je me dirige donc vers la petite place Henri Langlois, là où nous avons l’habitude de nous donner rendez-vous.

Il est quatorze heures trente-deux, parfait, je suis à l’heure. Ce qui n’est jamais le cas de Bernadette, qui arrive toujours avec au moins un quart d’heure de retard. Pour éviter de m’endormir et de retomber dans ce cauchemar, qui est devenu presque un rituel pour mon subconscient, je reste debout adossée à un platane.

Il commence à pleuvoir, mais ce n’est pas une averse très importante et le feuillage de mon arbre me protège. Les gens autour de moi commencent à courir dans tous les sens en se protégeant comme ils le peuvent, soit avec des journaux soit avec leur mallette, certainement pour ne pas mouiller leurs vêtements ou pour épargner leur brushing ! Cela me fait bien rire, nous ne sommes pas en sucre tout de même ! L’averse se calme. Je suis à peine humide !

Les rayons du soleil percent à travers le feuillage vert, ce qui me met de bonne humeur malgré Bernadette qui n’est toujours pas là. Et d’ailleurs, je trouve cela bien étonnant : déjà quarante-cinq minutes que j’attends et toujours pas de Bernadette, pas de fatigue non plus mais surtout toujours pas de crise de nerfs liée à l’impatience ! Je m’étonne moi-même mais il ne faut pas abuser non plus ! J’en ai assez d’être ici. Je décide donc d’envoyer un message à Bernadette. Mer… mince j’ai laissé le portable à l’appartement ! Tant pis, je ne vais pas attendre comme ça tout l’après midi ! Alors direction le centre commercial Italie 2.

Je longe la rue commerçante pour me diriger vers la galerie commerciale. Les gens autour de moi se déplacent en famille ou en couple. Ce qui n’est pas mon cas et cela me chagrine. Bernadette m’a encore fait faux bond et je n’ai pas d’hommes pour me tenir compagnie…

Me voici dans l’antre du monde commercial du 13e arrondissement, la caverne aux mille boutiques… Ici on trouve de tout et surtout des magasins de vêtements, ce qui fait mon bonheur. Tailleurs, tops, chaussures, bijoux… je ne sais plus où donner de la tête ! Je commence par faire le tour de la galerie pour regarder les vitrines et savoir quel magasin je vais faire en priorité. Je me décide pour un magasin de chaussures dans lequel j’ai vu une superbe paire d’escarpins vernis noirs ! J’y rentre mais repars sans rien acheter même pas les souliers qui me plaisaient. Je continue dans une boutique, puis une autre et encore une autre… Mais rien, la fièvre acheteuse ce n’est pas pour moi aujourd’hui sans doute à cause de l’absence de Bernadette.

Après cette longue marche à travers la galerie, je n’en peux plus. Une vague de fatigue m’assaille ! Je décide de rentrer et sors du centre les mains vides mais les jambes lourdes. Si Bernadette avait été là, elle m’aurait ramenée, mais bon il me reste toujours les transports en commun qui vont me fatiguer encore plus. Je me dirige vers l’arrêt le plus proche.


17h52 - Arrêt de bus Ligne C, Avenue d’Italie, Paris 13e

Une fois arrivée sous l’abri, la pendule affiche six heures moins dix, je consulte alors les horaires. Le prochain bus est à dix-huit heures sept : je n’ai pas trop de temps à patienter. Nous ne sommes que deux à attendre. Une dame d’environ soixante-dix ans est assise sur le banc et se cache dans son foulard pour ne pas subir les bourrasques de vent qui nous arrivent en pleine face. Je n’y tiens plus ; je décide de m’asseoir et je me jure intérieurement de vaincre le sommeil pour ne pas refaire ce rêve. Je me pose donc à côté de la vielle femme qui ne me regarde même pas. Elle reste le nez dans son foulard. J’observe les voitures qui passent pour essayer d’occuper mon esprit. Mais rien n’y fait, j’ai beau lutter, je me sens partir dans un sommeil abyssal…

Je suis dans un lieu qui me semble familier. Je suis allongée au sol. Je redresse la tête. Je reconnais le parking de la galerie où je me trouvais il y a quinze minutes. Je vois et j’entends des gens qui crient autour de moi et des hommes cagoulés qui tirent un peu partout en visant au hasard. Je réalise que je suis encore dans ce cauchemar qui me ronge depuis peu. Je sens que mon corsage est mouillé. Je touche mon abdomen. C’est humide. Je regarde ma main. Je vois du sang. J’ai peur mais je ne souffre pas. Un homme s’approche de moi. Il s’accroupit. Il me murmure quelque chose. Je ne comprends rien. Ma vision se brouille. Je ne vois que partiellement l’homme cagoulé. Je sens comme un point de fraicheur, sur mon front…

Je ne vois plus rien. Il fait noir. Je me sens apaisée. Je n’ai plus peur. Je ne sens plus mon ventre humidifié par le sang ni la fraîcheur sur mon crâne. Plus un cri. Plus une explosion. Plus rien. Je me sens légère. Je sens de l’air froid qui me caresse et me porte vers l’aube. Une lumière chaude mélangée à un courant d’air frais…

… Morphée me tend les bras, je me laisse plonger dans ses limbes…

Je me réveille en sursaut. Me voilà revenue sur le banc de l’arrêt de bus mais je suis seule. La vielle dame est partie ! Elle a certainement dû prendre le bus que j’ai raté par la même occasion. Effectivement. A la pendule, il est dix-huit heures vingt. Elle aurait pu me réveiller pour que je monte avec elle ! Les gens sont d’une incivilité. Je suis furieuse à cause de ce rêve qui m’a troublée et de cette personne qui n’a pensé qu’à elle ! Et ce vent qui n’en finit pas de s’acharner dans ma direction ! Un journal est emporté dans une bourrasque et vient s’écraser contre mes mollets. Je le ramasse et remarque qu’il est du jour. Je me retourne pour regarder l’horaire du prochain bus. Le panneau affiche dix-huit heures quarante-sept J’ai donc le temps de lire le journal pour m’occuper et surtout pour ne pas me rendormir. Parce que là, si je rate le bus, je suis bonne pour la marche !

Je déplie le journal et regarde la première page. Le grand titre annonce :

« Fusillade sanglante sur le parking du centre commercial Italie 2,
2 morts et 15 blessés. »

Je regarde les photos qui illustrent l’article. La première est celle d’un homme brun aux traits durs. La légende dit : « Ludovic Herbert, kinésithérapeute, 33 ans, marié, un enfant âgé de deux ans. »

Je regarde la deuxième photo qui est juste en dessous. Sur la légende il est indiqué : « Béatrice Merkel, conseillère clientèle, 47 ans, célibataire… »


GD
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